Comment rendre la médecine plus humaine et féministe ?

Quand il s’agit de leur santé, les femmes sont peu écoutées, sous-diagnostiquées, voire maltraitées par l’institution médicale. Lisa, étudiante, vit avec de l’endométriose et son parcours est semé d’embûches. De son côté, Camille, future médecin, espère changer les choses et pratiquer une médecine bienveillante, qui accompagne et prend en compte le ressenti des femmes.

Lisa Gagneuil, étudiante atteinte d'endrométriose

Quand Lisa a été diagnostiquée, elle s’est sentie abandonnée par l’institution médicale. « On m’a dit, « vos douleurs elles sont normales, vous avez de l’endométriose, bon courage », c’est tout, alors que j’aurai mal toute ma vie, et qu’il n’y a pas de traitement. »  Camille est étudiante en quatrième année de médecine et ce mépris de la santé des femmes, cette déshumanisation des patientes, elle l’a déjà remarqué dans ses cours. Ils sont en effet « très centrés sur la technique, on nous apprend qu’à tel symptôme correspond telle maladie à laquelle correspond tel traitement, mais le rapport d’humain à humain, on ne nous l’apprend pas dans les livres. »

« On associe les plaintes des femmes à quelque chose de psychologique »

Lisa a fait les frais de cette approche froide et distante de la part des médecins. « On te répète que c’est dans ta tête, tu n’es pas bien écoutée, et à part te prescrire la pilule et te dire « Fais un enfant comme ça au moins pendant neuf mois tu n’auras pas mal. », rien n’est mis en place ». Camille, pointe elle aussi du doigt le fait que l’« on associe beaucoup les plaintes des femmes à quelque chose de psychologique ». Et cela n’est pas anecdotique, c’est un problème qui peut entraîner jusqu’à la mort de patientes. Par exemples, les femmes sont sous-diagnostiquées des maladies cardio-vasculaires. Dans notre société, l’image que l’on se fait d’un malade cardiaque est celui d’un homme d’âge mur et fatigué. Pas celle d’une femme. Selon l’Inserm, les femmes se plaignant d’oppressions dans la poitrine se verront donc plus facilement prescrire des anxiolytiques, quand les hommes seront dirigés vers des cardiologues. Lisa a néanmoins pu croiser la route de « médecins qui se battent pour leurs patientes ». Elle a notamment été prise en charge par une gynécologue et un jeune médecin généraliste qui ont été à son écoute et lui ont permis de se faire diagnostiquer.

Humaniser les patientes

C’est dans les traces de ce type de médecins que Camille souhaite s’inscrire. Quand elle a eu une « révélation » en classe de terminale, la jeune femme a su qu’elle allait devenir gynécologue. « J’étais très féministe et je me suis dit que je voulais apporter ma pierre à l’édifice dans la prise en charge des femmes, et jusqu’à présent ça n’a pas changé ». Elle veut « changer les choses », être un médecin pour qui c’est « l’aspect humain qui prime sur l’aspect scientifique ». Elle se projette en tant que soignante qui « écoute les femmes, qui les met à l’aise ». « Rien que dans la disposition d’une salle de consultation, j’aimerais créer une atmosphère rassurante ». Son objectif n’est pas de chercher des « solutions à des problèmes, mais de trouver des solutions qui correspondent aux patientes, en prenant en compte l’aspect psychologique de leurs situations ». « C’est le sens que j’ai envie de donner à mes études, si j’apprends des choses, je veux les appliquer intelligemment. »

Une démarche politique

Camille a l’intention d’avoir une approche inclusive de la médecine, de devenir une médecin qui prend en compte les vécus féminins mais aussi queers et trans. C’est une démarche politique, liée à ses engagements féministes et sociétaux. Elle doute néanmoins de l’existence d’une prise de conscience majeure des enjeux de prise en charge des femmes au sein de sa promotion. « J’espère qu’une majorité d’entre nous a pour intention de faire de la médecine inclusive et bienveillante, mais il y a toujours beaucoup d’hommes qui ne se rendent pas compte de ces problématiques. » Camille déplore également le mépris au sein des promotions de médecins face à la gynécologie médicale. Spécialité dédiée à la prise en charge des femmes, longtemps supprimée du concours de l’internat, elle est aujourd’hui considérée comme une sous-spécialité et souvent choisie par défaut par les étudiants.

Ana Delabre

Zoom culturel : Aimons-nous voir les femmes souffrir ?

Si la médecine a pendant longtemps ignoré la douleur des femmes, le cinéma l’a toujours fétichisée. Un genre cinématographique en particulier a fait de la souffrance féminine son obsession : l’horreur. On y voit très (voire trop) souvent des femmes hurler, violées et même assassinées de sang-froid. Selon la critique et réalisatrice Laura Mulvey, cette victimisation est sous-tendue par un schéma de pensée patriarcal et un regard masculin, omniprésents au cinéma. Dans son essai « Visual Pleasure and Narrative Cinema » paru en 1975, elle explique que l’on attribue toujours au spectateur un point de vue masculin, qui fige les femmes dans des rôles passifs et hypersexualisés.
Dans Psychose d’Alfred Hitchcock, sorti en 1960, Marion Crane est tuée à coups de couteau par Norman Bates, alors qu’elle est en train de se doucher. Nue et sans défense, elle ne peut que crier, en vain. Dans Halloween de John Carpenter, la mort est directement associée au sexe : plusieurs femmes sont assassinées juste avant ou après l’acte. Encore une fois, elles sont placées en position de vulnérabilité totale. Ces films retranscrivent parfaitement la tradition patriarcale dans laquelle l’homme est en pleine possession de ses moyens, tandis que la femme subit, passive. Ils reflètent également la diabolisation sociétale de la sexualité féminine, puisqu’elles sont souvent violentées en conséquence de leur vie sexuelle active. Mais heureusement, le cinéma évolue avec son temps. Récemment, plusieurs réalisateurs comme Alejandro Amenabar avec Tesis ou Ari Aster avec Midsommar ont prouvé que les films d’horreur à succès pouvaient aussi inclure des femmes maîtres de leur corps et habillées de la tête aux pieds.

                                                                                                                                   Brunelle Roman

Vidéo par Mélina Fischmann

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