Voyager autrement : en voiture avec un aventurier du rail

by Raphaël Bonnamy

Relier Lille à Istanbul sans emprunter l’aéroport ? Sacha, 19 ans, a choisi de mettre de côté son train-train quotidien pour embarquer sur les pas du célèbre Orient-Express. Rencontre avec un jeune homme qui durant un mois à découvert six pays, leur culture et leur façon de vivre.

Un grand sourire au visage, lunettes de soleil sur le crâne, ce jeune aventurier à l’humeur solaire nous raconte son expérience Interrail. « Ce qui est cool, c’est que c’est vraiment flexible, ça nous rend plus sereins et on prend le temps de faire les choses »,  « Dans la vie de tous les jours je suis quelqu’un d’assez stressé », confie-t-il en se grattant les cheveux, pourtant préparer son voyage un an à l’avance lui a permis de bien ficeler cette aventure.

En dégainant son téléphone machinalement, il nous explique. « 15 heures entre Lille et Prague, 40 heures entre Budapest… de nos jours avec l’avion, ça peut nous paraître énorme, mais en vrai ça passe vite. » Pour Sacha, ce sont autant de moments où l’on peut découvrir de magnifiques paysages, lire des romans, et rencontrer de nouvelles personnes. « On apprend à savourer l’instant présent, même le trajet est enrichissant. » Là où l’avion n’est qu’un moyen de transport, le train est une porte ouverte aux aventures, tout en étant un bon anti-stress. « J’avoue aussi que c’est moins angoissant que de prendre l’avion », pour lui qui ne voyage que très rarement.

Jeune dans la gare d'Aix-la-Chapelle
Pendant un mois, Sacha a passé énormément de temps dans les gares européennes, ici à Aix-la-Chapelle (Allemagne) - Photo : Benjamin Varley

Il est même possible d’emprunter des trains de nuit, dont le confort dépend du pays dans lequel vous voyagez. « Les trains en Bulgarie, c’est vraiment pas le top », plaisante-t-il en mimant un mal de dos, lui grand sportif qui intégrera la brigade des pompiers de Paris à la rentrée.

Prendre le temps d’apprécier son voyage

« Je ne pensais pas pouvoir partir aussi loin en vacances sans prendre l’avion, je me suis dit que ça pouvait être cool de faire un geste pour la planète. » En effet, le constat est sans appel : pour un trajet entre Prague et Budapest, on divise la facture carbone par six. Sacha insiste également sur l’accessibilité des gares par rapport aux aéroports : « Les gares, c’est souvent au centre des villes, alors que pour se rendre à l’aéroport il faut prendre un taxi. »

Budapest (Hongrie) fait partie de nombreuses destinations dont Sacha a pu se rendre - Photo : Benjamin Varley

Cependant, ce type de voyage demande d’être prêt à faire face aux imprévus : une série de grèves des transporteurs maritimes au port grec de Patras (certains ferries sont inclus moyennant un supplément) l’a empêché de rejoindre la botte italienne, raconte-t-il avec une certaine amertume. « J’ai été obligé de rentrer en avion à Lille, ça m’a beaucoup énervé, car j’ai dû dormir dans la rue en attendant le ferry qui n’est jamais venu. » Il a ensuite pris la décision de rentrer en avion (ce qui constituait une dépense importante pour lui à l’époque), voyant qu’il ne pourrait pas embarquer avant au moins une semaine.
D’une nature enthousiaste, il accueille chaque obstacle comme une nouvelle aventure. Le jeune homme nous explique qu’après avoir vu les prix de la mosquée Sainte-Sophie, les esprits du voyage l’ont conduit à entrer dans une mosquée moins célèbre, là où il a pu rejoindre une salat (NDLR : session de prière) : «  On m’a invité à venir découvrir une religion que je ne connaissais pas. » Cette approche de la religion fait partie de ces nombreuses découvertes culturelles dont Sacha a pu s’imprégner.

Niveau budget, il nous confie n’avoir dépensé qu’environ 1 000 € : « En apprenant à se contenter de pas grand-chose, on peut se permettre de faire plus de choses. » Entre choix de destinations low cost, auberges de jeunesse et repas en supermarché, il est parvenu à relier quatre grandes villes européennes sans faire craquer le porte-monnaie.

Maxence Panhalleux

Crédit photo principale : Raphaël Brun

Zoom : Le pass Interrail, c’est quoi ?

 

Si Sacha a pu réaliser ce périple, c’est grâce au pass Interrail. Un programme qui permet de voyager en train dans 33 pays d’Europe. Il concerne toutes les tranches d’âge avec des tarifs différents. Pour l’utiliser, il suffit de payer un pass allant de quatre jours (sur un mois) à trois mois (consécutifs). Pour faciliter les déplacements, tout se fait via une application : RailPlanner. Grâce à Interrail, il est possible d’activer un jour de voyage du jour au lendemain. « Moi, j’ai utilisé un pass sept jours sur un mois », raconte Sacha. Une fois le pass activé, l’utilisateur choisit ses jours de voyage, pendant lesquels il peut emprunter les transports ferroviaires de l’ensemble des pays partenaires de manière illimitée.

Les prix pour un pass oscillent généralement entre 200 et 400 €, et peuvent être obtenus via le dispositif DiscoverEU : une aubaine pour Sacha, qui s’est vu offrir son pass sans débourser un euro. Pour ce qui est du ce dernier dispositif, celui-ci est disponible uniquement sur tirage au sort pour l’année des 18 ans. 

Hugo Bour

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