Diplômes sans valeur ? Le piège des écoles non reconnues par l’Etat.

Chaque année, des milliers d’étudiants s’inscrivent dans des écoles supérieures privées françaises en pensant investir dans leur avenir. Mais derrière les brochures séduisantes et la promesse d’un accès rapide au monde du travail, certaines formations délivrent des diplômes qui ne sont pas reconnus par l’Etat. Un piège bien réel et coûteux, souvent découvert trop tard par les élèves. 

En 2024-2025, le secteur privé a accueilli 26,5 % des étudiants soit 799 700 inscrits. En France, un diplôme peut être « visé par l’État », « reconnu au RNCP » (répertoire national des certifications professionnelles) ou simplement « certifié » par l’école elle-même. Seuls les deux premiers labels ont une valeur aux yeux de l’Etat. Les autres, n’ouvrent aucune porte administrative. Pas de poursuite d’études dans le public, pas de concours, et cela peut même engendrer une faible crédibilité du dossier de l’étudiant vis-à-vis de futurs employeurs. Pour autant, de nombreuses écoles françaises continuent de mettre en place ces diplômes, cachés par des termes brumeux et imprécis comme « niveau bac+5 », « équivalent  bac+3 » ou encore « certification professionnelle » sans préciser que ces appellations n’ont aucune existence officielle.

Pour beaucoup d’étudiants, la découverte ne se fait qu’une fois inscrit dans l’établissement, ce qui peut être une véritable douche froide. Ce fût le cas en début de semaine pour les étudiants du Bachelor Communication-Marketing de l’ISEFAC, une école privée de communication et de commerce installés dans 6 villes, dont Lille. En effet depuis le 5 novembre, leur diplôme n’est plus reconnu au RNCP. Certains étudiants se sentent « trompés et perdus » face à cette situation et dénoncent « un gros manque de transparence » de l’école vis-à-vis des étudiants. 

École de communication CESA qui propose un diplôme non reconnu par l'État

« Aujourd’hui, je favoriserai aux futurs étudiants des écoles publiques avec des réels diplômes et des profs de l’éducation nationale »

Contrairement à ce que l’on peut croire, il est parfaitement légal d’ouvrir une école supérieure même sans proposer de diplômes reconnus. Il suffit de déclarer son existence au rectorat et de respecter les obligations administratives minimales. L’État contrôle la sécurité des locaux, la conformité juridique, mais non la qualité des diplômes et leur valeur sur le marché du travail. La liberté d’enseignement en France garantit le droit d’enseigner librement. L’État ne peut interdire une école que si elle enfreint la loi et non pas parce que ses diplômes ne sont pas reconnus. De plus, les écoles hors reconnaissance comblent aussi un vide. Les institutions publiques évoluent plus lentement dans les formations comme le digital ou encore l’événementiel et les écoles supérieures privées permettent de créer des formations flexibles et rapides afin d’arriver rapidement dans le monde professionnel.

Toutes les écoles privées non reconnues ne sont pas synonymes d’arnaque, mais le peu d’entre elles qui ne sont pas claires sur la reconnaissance de leurs diplômes, suffisent à décrédibiliser ces institutions. « Aujourd’hui, je conseillerais aux futurs étudiants des écoles publiques avec des réels diplômes et des profs de l’éducation nationale » nous affirme une étudiante en Bachelor à l’ISEFAC. 

"Je suis parti par éthique, ce travail ne collait pas avec mes valeurs."
Ancien chargé d'admission
Anonyme

 

Une opacité qui coûte cher 

Le problème reste la communication de ces institutions. Le prix élevé des formations renforce l’illusion d’un diplôme solide. Résultat : des familles et des entreprises investissent sur des élèves qui n’auront pas de diplômes professionnels valables. Une opacité qui va même jusque dans les petits papiers administratifs des écoles.

Un étudiant souhaitant rester anonyme, travaillait auparavant comme chargé d’admission et relation entreprise dans une école supérieure de communication de Lille. « C’est un monde très obscur, tout est caché, tout est falsifié. On m’a déjà demandé de revoir les moyennes des étudiants à la hausse pour ne pas « ternir » l’image de l’école ou encore, j’ai déjà inscrit sur des documents officiels que les taux d’insertion des étudiants de notre école en alternance étaient de 92 %, alors qu’on était contents quand ils frisaient les 40 %. Je suis parti par éthique, ce travail ne collait pas avec mes valeurs. » À l’ISEFAC, campus Lille-Rihour, une simple ligne dans le contrat d’alternance des Bachelors a été modifiés par l’administration et a suffi à falsifier des dizaines de contrats. Les étudiants se sont alors retrouvés avec un Bachelor Chef de Projet Événementiel reconnu par le RNCP, au lieu de leur Bachelor Communication-Marketing. 

Contrat d'alternance des bachelors falsifié par l'ISEFAC

Vers une labellisation obligatoire des écoles supérieures ? 

Pour éviter que ces problèmes ne persistent, France Compétences publie régulièrement la liste des titres réellement reconnus, et le ministère indique les diplômes visés. En quelques clics sur leur site internet, un étudiant peut confirmer si l’école tient ses promesses. Mais trop peu encore savent qu’ils doivent vérifier par eux-mêmes. Faudrait-il alors mieux encadrer ces écoles privées et mettre en place un système de labellisation obligatoire ? Car s’il existe bien une liberté d’enseigner considérée comme un droit fondamental en France, la transparence est aussi primordial face à des milliers de jeunes qui espèrent acheter un avenir et qui se contentent à la fin d’un diplôme sans valeur. 

                                                                                                                                                                                       Zoé Paris 

Édito 

Les écoles de journalisme, la reconnaissance fait-elle la différence ?

Alors que certaines formations, comme vous l’avez compris, sont reconnues par l’État, d’autres cherchent la reconnaissance de la profession : ce sont les écoles de journalisme. Mais qu’est‑ce que cela change vraiment ? Et surtout, doit‑on y voir un gage absolu de qualité ?

En France, 15 cursus sont officiellement reconnus par la Commission paritaire nationale de l’emploi des journalistes (CPNEJ), via la Conférence des écoles de journalisme (CEJ). Ces formations (dans des écoles, universités ou IUT) doivent respecter un cahier des charges strict : programme complet mêlant théorie et pratique, stages en rédaction, insertion professionnelle effective, équipement adapté, etc.

Avant de se concentrer sur la reconnaissance par la profession, il faut distinguer un autre type de reconnaissance : celle par l’État. Certaines écoles universitaires publiques, comme le CUEJ à Strasbourg, l’EPJT à Tours, l’IJBA à Bordeaux ou l’EJDG à Grenoble, ainsi que certaines écoles privées prestigieuses comme le CFJ Paris, délivrent un diplôme visé par l’État ou inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) au niveau master. Cette reconnaissance garantit que le diplôme est officiellement reconnu, qu’il permet des poursuites d’études, ouvre l’accès à des financements publics et confère un cadre académique officiel.

La reconnaissance par la profession, attribuée par la CPNEJ via la CEJ, assure que la formation répond aux exigences des rédactions et permet l’accès à la carte de presse. Certaines écoles privées peuvent obtenir cette reconnaissance professionnelle même si leur diplôme n’est pas visé par l’État. Cette distinction est essentielle : la reconnaissance de l’État légitime le diplôme sur le plan académique, tandis que la reconnaissance professionnelle atteste de sa crédibilité sur le marché du travail journalistique.

Les avantages sont souvent mis en avant : le statut de “journaliste titulaire” est accessible plus vite, les débouchés semblent plus nombreux, et les salaires un peu meilleurs. Mais ces chiffres méritent d’être posés à la loupe. Selon l’Observatoire des métiers de la presse, environ 80 % des journalistes titulaires d’une carte de presse sont issus de formations non reconnues. Autrement dit, la majorité des journalistes n’a pas fait partie des grandes écoles “adoubées”.

De plus, l’insertion après une école reconnue n’est pas une garantie absolue : l’un des rapports montre qu’entre diplômés et obtention de la carte de presse, le taux n’atteint parfois que 50 %. Et dans la précarité du métier – piges, CDD, économie des médias — un diplôme prestigieux ne protège ni du chômage ni de la volatilité des débuts.

Alors, que vaut la reconnaissance ? Elle reste un repère, une sorte de label de sérieux ou de mise en conformité vis‑à‑vis des attentes des rédactions. Elle rassure : sur le papier, les enseignements répondent aux standards. Mais ce n’est ni une promesse d’emploi stable, ni un gage que vos articles seront lus, ni un bouclier contre la réalité du terrain.

Et qu’en est‑il du journalisme autodidacte ou des parcours atypiques ? Beaucoup de journalistes sont passés par d’autres voies : études non spécialisées, débuts sur le tas, débrouille, passion. Cela montre que la reconnaissance n’est pas le seul chemin. Parfois, c’est l’engagement, la curiosité, la ténacité, et le travail de terrain qui font la différence.

En fin de compte, la reconnaissance d’une école de journalisme — qu’elle soit d’État ou professionnelle — doit être vue comme un outil parmi d’autres, pas comme une garantie absolue. Si elle structure un parcours, elle ne définit pas à elle seule la qualité d’un journaliste. À vous, aspirant reporter, de décider si ce cadre vous convient… ou si vous choisirez une autre voie.

Léane Gouget

 

Vidéo : À l’ISEFAC : un diplôme qui n’existe pas 

Vidéo : Maëlle Dufaud

Photos : Eva Duarte 

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