Dans un café lillois, entre le Beffroi et la Grand-Place, Réjane Beurrier aborde fièrement son t-shirt Générations Futures malgré le froid du mois de décembre. L’association a publié en octobre dernier la carte « Dans mon eau » qui recense la présence des polluants dans les eaux françaises. L’ancienne ingénieure dans le domaine des ressources en eau pour les collectivités s’est récemment engagée dans l’association écologiste. Intarissable sur le sujet, elle exprime son inquiétude face au taux de pollution dans l’eau de la MEL mais aussi face au brouillard informationnel qui l’entoure.

Du rouge, du rouge et encore du rouge, c’est la première chose qu’on remarque quand on jette un coup d’œil sur cette carte. Elle met en avant les différents types de polluants (PFAS, perchlorates, pesticides) présents dans les eaux françaises, à partir des chiffres officiels des ARS*. Le Nord, et plus particulièrement les villes comme Lille ou Lomme, sont davantage touchées. Débris des guerres mondiales, agriculture intensive, ancienne activité métallurgique, surconsommation de médicaments. Il existe diverses raisons pour expliquer ce décalage par rapport au reste du territoire français. Dès lors, l’eau est le point de convergence de toutes les pollutions, comme le souligne Réjane,  « La qualité de l’eau dans l’environnement est un révélateur de la qualité de notre sol, de notre air, de tout.»

Réjane Beurrier, bénévole pour l’association Générations Futures

Le fonctionnement de la distribution d’eau. 

La MEL est composée de 95 communes pour une population de plus d’un million d’habitants. 75% de l’eau provient des nappes phréatiques locales et 25 % du lac de la Lys (l’eau est vendue à la MEL).

Cette dernière assure la production de l’eau potable à travers sa régie publique Sourcéo et a confié, par un contrat d’une durée de dix ans, sa distribution à la société privée Veolia, qui opère sous la marque Iléo.

Ainsi, toutes les communes de la MEL ne consomment pas la même eau, ce qui explique les différences dans la qualité de celle-ci.

Une ressource à l’origine de maladies ?

L’eau, même polluée, participe rarement au développement de maladies. Elle reste la ressource la plus contrôlée et la plus sûre. Pour la population générale, « l’eau du robinet, ne contribue que pour environ 5 % à notre exposition aux polluants chimiques par l’alimentation ». Cependant, elle s’inscrit tout de même dans une liste déjà longue comme le bras d’habitudes du quotidien qui nous pollue petit à petit. Dès lors, elle peut avoir un effet sur notre santé surtout sur les plus fragiles comme les nourrissons ou les femmes enceintes.

Pourtant, une large partie des habitants de la MEL ne sont pas informés sur le taux de pollution dans leur eau. Réjane insiste : «  Le distributeur se doit d’informer la population, ce n’est pas un choix. » Théoriquement, les distributeurs devraient s’assurer que toute leur clientèle connaisse la qualité de l’eau, à travers une indication sur les factures personnelles des citoyens ou sur le site internet des distributeurs. Cela n’est pas toujours le cas. Par exemple, le site d’Iléo préfère mettre en avant les bons minéraux qui y sont présents plutôt que les polluants. Ainsi, le risque que des personnes fragiles consomment une eau potentiellement dangereuse est élevé.

Cette opacité va selon elle à l’encontre de la confiance que l’on demande à la population d’avoir envers la qualité de l’eau du robinet. Ainsi, il n’y a « pas de confiance possible sans transparence ». Interrogée sur les raisons de ce manque de communication, Réjane estime que les distributeurs ont «  peur de faire peur » et que, en conséquence, les populations se détournent de l’eau du robinet pour se diriger vers l’eau en bouteille. Cette dernière est le grand Némésis de la bénévole. Au-delà de son coût et de sa pollution plastique importante dans les sols mais aussi dans nos corps (microplastiques), elle n’est pas forcément de meilleure qualité que l’eau du robinet. Dans certains cas, les eaux minérales sont traitées avec des produits chimiques à l’image du scandale Nestle Waters.

Réjane Beurrier et Lison Braun discutant de la carte « Dans mon eau »

Que faire face à cette pollution ?

Réjane le rappelle : éviter les bouteilles en plastique et les carafes à filtres, car elles peuvent être de véritables « nid à bactéries ». Privilégier un mode de consommation issu de l’agriculture biologique, c’est-à-dire sans l’utilisation de pesticides, pour arrêter d’ empoisonner notre environnement, reste la meilleure possibilité. Au-delà de l’alimentation, certains produits comme les cosmétiques ou les produits ménagers ont aussi un impact sur la pollution de l’eau. Choisir des produits d’entretien portant le sigle « écolabel » peut diminuer cet impact. Néanmoins, Réjane reste réaliste et est consciente du coût important que cela peut représenter pour les familles. Une autre alternative possible est l’achat d’eau dans d’autres régions ou en Belgique. Cependant, cela augmenterait considérablement le prix de celle-ci.

Pour l’ancienne ingénieure, l’une des meilleures solutions sur le long terme est de rendre le bio plus accessible. Elle souligne que « dans le Nord, on a seulement 2% des terres agricoles qui sont issues du bio contre en moyenne 10% sur le reste du territoire ». Pour accélérer cette démocratisation, il faut faire pression sur les élus. Ces derniers ont le pouvoir de financer les agriculteurs pour les convertir au bio tout en compensant leurs pertes. À l’approche des élections municipales de mars 2026, l’association sensibilise, fait des conférences et des interventions afin de créer une prise de conscience globale au sein de la population de la métropole lilloise. 

Sollicités, les distributeurs et producteurs d’eau (Veolia/Iléo et Sourcéo) n’ont pas répondu.

* les ARS sont les agences régionales de santé. 

Lison Braun

Photos : Perrine Carton

Zoom : La biodiversité tuée par les pesticides 

Lors d’une petite balade en forêt, si en 2010 il était possible de croiser dix papillons, de nos jours il serait impossible d’en croiser plus de trois, soit 70 % de moins. La biodiversité autour de nous meurt à petit feu, les scientifiques parlent de la 6ème grande extinction de masse. 

Une des causes principales de ce déclin se trouve dans les pesticides utilisés. 

En effet, bien que les enjeux sur la santé, la biodiversité et l’environnement soient de plus en plus connus, leur utilisation continue d’augmenter. En Europe, les pesticides sont la première cause du déclin des oiseaux. En France, près de la moitié des oiseaux des milieux agricoles ont disparu depuis 1989. Le phénomène se répète aussi chez les insectes. Par exemple, en Allemagne, près de 80 % des insectes ont disparu en moins de 30 ans. 

Si certains pensent encore que la disparition du petit oiseau n’est pas un problème, il est temps de prendre conscience de la réalité. En effet, comme l’explique le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), les oiseaux sont impliqués dans les interactions fondamentales des écosystèmes : prédation et régulation d’autres espèces, dissémination des graines, ressources pour d’autres espèces prédatrices. Leur disparition met de ce fait en péril l’ensemble des écosystèmes. Il en est par ailleurs de même pour les insectes ou plus largement pour toutes les espèces vivantes. La biodiversité repose sur une chaîne alimentaire bien précise dans laquelle chaque être vivant a sa place et trouve son utilité.

À notre petite échelle, il est compliqué de lutter contre ce phénomène. Néanmoins, des initiatives citoyennes sont mises en place, comme par exemple la pétition lancée le 10 juillet 2025 à l’encontre de la loi Duplomb. Cette loi visait à réintégrer l’utilisation des néonicotinoïdes. Les néonicotinoïdes étant des pesticides présentant des risques pour les abeilles, les bourdons, les papillons et les insectes aquatiques. Cette loi a de ce fait été rediscutée, modifiée puis promulguée par le président de la République en août 2025. Certains y voient là un échec de la pétition, d’autres une réussite. Si la parole citoyenne n’est pas toujours une solution, il ne faut cependant pas désespérer. Les petits gestes simples peuvent aider. Il est possible d’acheter ou même de construire son propre hôtel à insectes, ainsi que son nichoir, et de créer des nids douillets pour nos amis les animaux.

Constance Pruvost

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