Accompagner des personnes éloignées de l’emploi ne passe pas toujours par des dispositifs institutionnels proposés par l’Etat. Sur le territoire de la Métropole Européenne de Lille, il existe des fondations indépendantes qui proposent un accompagnement de proximité à des entrepreneurs sans emploi, en combinant soutien humain et aide financière. Nous avons rencontré un membre de la Fondation Jérôme Gayet, nous aidant à comprendre comment ces structures accompagnent concrètement des entrepreneurs vers une réinsertion durable sans aide étatique.
Quand Anne-Laure Gayet parle de la fondation qu’elle préside, elle évoque d’abord des parcours de vie, avant de parler de projets économiques. Créée en avril 2020 sous l’égide de la Fondation Entreprendre, la Fondation Jérôme Gayet. accompagne des personnes éloignées de l’emploi qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat social et solidaire.
La fondation porte le nom de Jérôme Gayet, entrepreneur attaché à des valeurs humanistes et solidaires ainsi qu’engagé sur des œuvres universitaires et la précarité étudiante. À sa disparition, sa femme structure un projet d’accompagnement à taille humaine, répondant au désir de son mari de se mettre au service de l’entrepreneuriat social et solidaire. « Nos défis sont d’accompagner toujours plus de projets qui ont du sens, tout en nous inscrivant dans le tissu existant des fondations et des acteurs engagés pour une société toujours plus juste », explique t-elle.

Anne-Laure Gayet, présidente de la fondation Jérôme Gayet
La mise en place de cet accompagnement
Concrètement, la Fondation Jérôme Gayet intervient très tôt dans le parcours des porteurs de projets. « Nous accompagnons des entrepreneurs au début de leur aventure, à un moment où ils sont souvent seuls et fragilisés », précise la présidente. L’accompagnement repose sur deux piliers : un suivi humain de proximité et un soutien financier.
Chaque projet sélectionné bénéficie d’un accompagnement pouvant durer jusqu’à dix-huit mois. Les entrepreneurs, que l’on appelle « porteurs de projet », sont suivis par un binôme de mentors bénévoles, issus du monde de l’entrepreneuriat ou de l’entreprise. Leur rôle est d’apporter des conseils stratégiques, mais aussi de rompre l’isolement souvent ressenti par les créateurs.
À ce suivi humain s’ajoute une aide financière sous forme de don de 10 000 euros. Cet accompagnement financier permet de financer les premiers frais de fonctionnement ou des investissements essentiels, comme l’achat de matériel ou l’accès à des locaux.

Intervention des mentors bénévoles avec de gauche à droite, Alexandre Plank (cofondateur de Making Waves), Antoine Garandeau (cofondateur du projet Recycle-moi), Vincent Bully, Amélie Billaut (cofondatrice de Making Waves), Marie Georges (responsable de l’accompagnement des porteurs de projet), Pauline de Saint Blanquat (chargée de coordination interne) et Emmanuel Ibled
La sélection des porteurs de projet
Des fondations confrontées à des limites
Les fondations de manière générale, qui œuvrent à la justice et à l’accompagnement de personnes, font cependant face à des difficultés pour trouver des financements et des projets correspondants à leurs conditions. Comme de nombreuses structures indépendantes de l’Etat, la Fondation Jérôme Gayet fonctionne grâce aux dons de particuliers et d’entreprises. Cette dépendance aux financements privés limite le nombre de projets accompagnés et impose une sélection rigoureuse.
Pour Anne-Laure Gayet, cette action repose sur quatre mots d’ordre : « engagement, transparence, bienveillance et exigence ». Une approche qui illustre le rôle complémentaire que peuvent jouer les fondations indépendantes dans les parcours de réinsertion professionnelle.
par Emma Duchadeuil
Édito
Réinventer le financement associatif : simple option ou urgence ?
Le modèle associatif s’est longtemps construit sur les aides de l’État et des collectivités locales. Celui-ci atteint ses limites avec un endettement de la France à hauteur de 3200 Mds d’euros. Pour aider les associations à financer leurs missions et leurs actions, pourquoi ne pas se diversifier vers un modèle hybride combinant vente de produits et de services ? Certaines associations fonctionnent déjà de cette manière, comme ReSport ou Recycle-moi, avec la vente de produits de sports recyclés qui permettent de remplacer pour partie les aides de l’Etat. Cette approche fait partie du mouvement plus vaste de l’économie sociale et solidaire (ESS). C’est une manière d’entreprendre fondée sur la solidarité, l’utilité sociale et la gouvernance partagée. Aujourd’hui, il y a 14 000 entreprises de l’ESS dans les Hauts-de-France. A l’échelle nationale, cela représente 10 % du PIB et près de 14 % des emplois privés en France. Ce secteur compte environ 200 000 entreprises et structures et 2,38 millions de salariés. Certains acteurs contribuent à animer cet écosystème comme la Fondation Entreprendre qui promeut l’entrepreneuriat et abrite 6 fondations dont celles de la Fondation Jérôme Gayet. Ce modèle hybride permet d’assurer à la fois l’utilité sociale et la viabilité économique à long terme des associations. Ainsi face à la difficulté des financements publics, il apparaît comme une évolution nécessaire pour permettre aux associations de préserver leur mission sociale.
Alexis Malo