Le quartier Vauban-Esquermes est en train de devenir un pôle de transformation culturelle pour les adolescents grâce à une initiative visant à élargir les horizons des collégiens. Cette année, le collège Claude Lévi-Strauss intègre le théâtre dans son programme scolaire en collaboration avec Le Grand Bleu, qui accueille déjà des artistes ciblant un jeune public. Cette démarche aide à rendre accessible la culture, pas juste aux jeunes, mais aussi à ceux qui n’en ont pas forcément l’occasion.
Lille est reconnue comme une ville vibrante et culturellement riche, pourtant, près d’un quart de sa population a moins de 25 ans. La culture proposée est-elle alors suffisamment diverse pour inclure et attirer les jeunes ? Dans le cadre d’une enquête visant à répondre à cette question, Le Grand Bleu a retenu notre attention. Sa programmation, élaborée en collaboration avec des adolescents du collège Claude Lévi-Strauss, est pensée à partir des envies des jeunes. Elle agit concrètement sur les spectateurs : influence leur intérêt, leur rapport au monde et leur perception de certains enjeux sociaux.
Une option nouvelle et enrichissante
En partenariat avec Le Grand Bleu, un théâtre reconnu pour proposer des événements pluridisciplinaires à destination de tous les âges, le collège Lévi-Strauss a créé une option théâtre, ouverte cette année. La classe est tenue d’assister à au moins quatre spectacles dans l’année, accessibles à tous les publics. Seize élèves participent également au projet « J’peux pas, j’ai prog’ ».
Ce projet consiste en plusieurs sorties pour découvrir quatre spectacles, dont un spectacle support d’analyse, accompagnées de séances d’échange. Les adolescents étudient les dossiers artistiques, analysent les propositions, établissent des critères, hiérarchisent les spectacles, puis en sélectionnent un qui sera intégré à la programmation du théâtre. Cette année, leur choix s’est porté sur Blockbuster, programmé le 5 mars. Ce spectacle a répondu à des critères subjectifs mais essentiels pour les jeunes; les émotions ressenties, l’accessibilité à l’histoire et le message porté sur le monde contemporain.
L’une des professeures encadrant cette option, Doriane Poulet, souligne que cette expérience est “valorisante” et qu’elle permet d’intégrer des jeunes qui ne correspondent pas aux profils des enfants issus de milieux favorisés, habitués à venir en famille.
Si les encadrants accompagnent les élèves dans le choix des spectacles, celui-ci reste néanmoins conditionné par les propositions des salles de spectacle. Leur dernière sortie était Zola… pas comme Émile, de Forbon N’Zakimuena, présenté la semaine précédente au Grand Bleu. L’artiste définit lui-même ce spectacle comme destiné aux jeunes, tant par les thématiques abordées que par la manière dont il s’adresse au public.
« C’est extrêmement intéressant dans le travail de l’empathie et dans la construction du futur citoyen”, Doriane Poulet
Des spectacles qui ouvrent l’esprit aux enjeux du monde
Auteur et interprète, Forbon N’Zakimuena aborde des thèmes tels que la naturalisation en France, l’identité personnelle entre deux cultures ou encore la place d’un artiste dans un monde qui le rejette. À travers le récit, le rap et la danse, il développe un style singulier qui rend le spectacle vivant, malgré le format du seul-en-scène.
À l’issue de la représentation, Doriane Poulet explique que “[Forbon] a tous les codes pour communiquer” et qu’il parvient à transmettre, de manière très accessible, des concepts complexes à leur âge.
Lorsque des spectacles abordent des sujets rarement traités avec les jeunes, ils deviennent un véritable outil éducatif. Selon Doriane Poulet, « c’est extrêmement intéressant dans le travail de l’empathie et dans la construction du futur citoyen ». Elle ajoute que ces élèves n’ont souvent pas accès à cette forme d’éducation culturelle autrement.
Forbon N’Zakimuena insiste enfin sur l’importance de prendre les jeunes au sérieux. Pour lui, la politisation peut commencer bien avant 18 ans. Il affirme que la parole des jeunes mérite d’être davantage mise en valeur, car elle fait encore partie des voix discriminées et mises de côté.
Ainsi, les jeunes sont pleinement mis en avant, à la fois par le théâtre et par les artistes, permettant de faire du spectacle vivant un véritable espace de transmission. Un lieu qui n’offre pas seulement un accès à la culture, mais aussi aux enjeux du monde contemporain, abordés d’une manière pensée pour et avec les jeunes, afin de leur permettre de mieux les comprendre.
Arabella STINTON
Photos: Ida DELPORTE
Mise en page: Axelle BORSZCZ
Vidéo: Jules PIAUGER
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Jules PIAUGER
Photos : Ida DELPORTE
Edito : Un accès encore limité
Selon un sondage réalisé par l’Ipsos en 2025, 57% des jeunes disent être limités dans l’accès à certaines activités culturelles en raison de leur coût. Bien que l’Etat ait mis en place différents dispositifs pour pallier ce problème, l’accès reste tout de même restreint pour nous, les jeunes.
Se cultiver a un prix que nous ne sommes pas toujours en mesure de payer. Ou, plus simplement, nous n’en avons pas tous les moyens. La plupart ont déjà profité du Pass Culture. Désormais, c’est dans notre propre porte-monnaie qu’il faut piocher, mais il vaut mieux garder cet argent pour s’acheter à manger. Certains jugeront ce sujet frivole, mais la jeunesse y accorde une grande importance. La culture fait partie de notre éducation, de notre développement personnel et de la construction de soi. Notre intérêt pour celle-ci nous ouvre au monde, nous permet de faire des rencontres et d’échanger; nous en avons besoin. Que ce soit par passion ou par curiosité, aller au cinéma, flâner en librairie ou assister à des concerts ne devrait pas être un challenge.
Bien sûr, il existe des initiatives locales comme Objectif Louvre, mais ces solutions ne sont pas assez répandues. Il faut garantir un accès égal pour tout le monde, sans négliger personne. Il ne s’agit pas ici d’un caprice, mais bien d’un enjeu, d’une difficulté qui persiste.
Si le coût de certains biens et activités culturels est un obstacle pour nous, le temps l’est tout autant. Plus pour certains que pour d’autres, concilier études et vie personnelle est compliqué. Pour beaucoup d’entre nous, le manque de temps est un frein majeur à nos passions; entre cours et travail pour payer le loyer et les courses, le repos et la culture trouvent difficilement leur place.
Comment la jeunesse peut-elle entretenir son capital culturel alors qu’elle se noie sous un torrent de nouvelles responsabilités à l’aube de l’âge adulte ?
Axelle BORSZCZ