Un lundi soir de janvier à Hellemmes, Nadia, musulmane, et Jean-Daniel, chrétien, ouvrent les portes de leur maison, lieu de dialogue et d’amour interreligieux. A travers leur couple, ils expérimentent une autre manière de vivre la foi, source de paix entre les religions.
Nadia et Jean-Daniel habitent dans une maison à leur image : paisible, hétérogène, bienveillante. L’obscurité de leur salon contraste avec leurs visages lumineux. Nadia qui est musulmane et Jean-Daniel qui est chrétien se sont connus à la Maison du 60 dans le quartier Moulins à Lille. Ce lieu ouvert à tous, à la fois spirituel, culturel et convivial est à l’initiative de trois frères dominicains. Au sein de cette maison, des groupes chrétiens-musulmans ont été mis en place grâce à l’engouement des habitants du quartier Moulins qui souhaitaient apprendre à se connaître. Leurs rencontres permettent de créer du lien malgré leurs religions différentes. Nadia évoque l’importance de « côtoyer d’autres croyants ». Chaque communauté peut découvrir la foi de l’autre tout en gardant la sienne. Ce fut pour Jean-Daniel, un « éblouissement de voir la foi de Nadia ». Cette démarche montre qu’il est possible d’envisager les liens entre les religions autrement que par la guerre et la violence.
Une petite graine pour la paix
Les rencontres chrétiens-musulmans se déroulent en deux temps avec un échange sur un passage du Coran et sur un passage biblique. Dans leur vie quotidienne, l’interreligieux est également synonyme d’échange et de partage. Nadia est ergonome. Elle conçoit et améliore les lieux de vie, trouve des moyens de s’adapter. Sa vie professionnelle rejoint sa vie personnelle dans le sens où elle veut améliorer les relations entre les personnes sur leur lieu de travail comme dans leur spiritualité. Quant à Jean-Daniel, il est jardinier. Dans son jardin comme dans la vie, il sème des graines. Il explique avec son ton qui porte que « mettre fin à un conflit est un long processus, les solutions viennent d’en bas ». Le couple a semé une « petite graine de paix grâce à leur foyer interreligieux ». Ce sont des « ouvriers de la paix ». Leur processus de paix se poursuit dans leurs lieux de prière. Nadia accompagne Jean-Daniel à l’Eglise. Elle prie avec « ses frères et sœurs catholiques » comme elle aime les nommer. Jean-Daniel accompagne également Nadia à ses cercles musulmans où il y prie sa foi catholique. Il participe « à leur voyage spirituel en tant que simple passager ».
Rencontre entre les chemins de foi
Autour d’une soupe, d’une pizza et d’une tarte au maroilles, un repas aussi hétérogène que leur couple, Nadia et Jean-Daniel se remémorent leur mariage. Ce fut pour eux un moment de paix entre les chrétiens et les musulmans, comme si pendant un instant la tolérance entre les religions était acquise. De même que dans les rencontres interreligieuses, leur mariage s’est déroulé en deux temps. Nadia et Jean-Daniel l’ont célébré à l’Église avec un prêtre ainsi qu’un érudit musulman. Nadia explique avec son ton calme qu’ils n’ont « pas la volonté de dominer l’autre, de forcer l’autre à se convertir ».
Avant cela, ils ont rencontré et pris exemple sur d’autres couples chrétiens-musulmans qui voulaient eux aussi continuer à vivre leur propre foi. Jean-Daniel aime dire qu’il a trouvé sa femme de confession musulmane « sur son chemin de foi catholique ». Ils expliquent que leurs religions différentes permettent de garantir la chasteté, dans le sens de non-emprise, et la liberté, au sein de leur mariage. Nadia et Jean-Daniel ne fusionnent pas leurs religions mais les respectent. La rencontre bienveillante entre les religions est une barrière au conflit, reste à élargir cette initiative personnelle à une plus grande échelle. Le chemin sera rude mais il peut conduire à la paix.
Salomé Bachimont
Charlotte Michiel (photographie)
Zoom : penser l’interreligieux à l’heure d’internet
Si l’interreligieux demeure bien présent dans notre société, il est important de mentionner qu’il est soumis à de multiples mutations. Avec le développement du numérique, un nouveau terrain a été créé, permettant à différentes religions d’entrer en contact aussi bien positivement que négativement.
D’un côté, internet est devenu un véritable terreau pour l’interreligieux, notamment sur les réseaux sociaux. Nous pouvons alors citer Interfaith America qui, en plus de promouvoir les relations entre religions, produit du contenu en ligne varié pour soutenir leurs actions : posts Instagram, podcasts ou vidéos. Au-delà de ça, les internautes ont eux-mêmes mis en place des mouvements interreligieux sur les plateformes numériques. Il n’est donc pas rare de voir des couples de religion différente mettre en avant cette différence avec le hashtag #Interfaith.
Malgré cela, internet reste un espace très polarisé et les tensions qui y existent peuvent mettre en péril l’interreligieux. En effet, la multiplication de posts discriminants envers des religions et le manque de modération sur les réseaux sociaux créent un climat moins propice à la coopération et à l’écoute de l’autre. C’est le cas de #StopIslam, repris par les activistes d’extrême droite pour cibler les personnes de confession musulmane.
L’interreligieux doit donc se développer dans une société avec de nouveaux espaces de paroles utiles pour toucher un maximum de gens. Ces derniers restent cependant très clivés ce qui rend plus complexe la coopération.
Nathan Queniart