Travailler moins pour travailler mieux

Après le confinement, le chef nordiste Florent Ladeyn décide de mettre en place la semaine de 4 jours dans ses restaurants pour répondre à la problématique du rythme très exigeant dans ce milieu. Le Bloempot et le BierBuik sont deux de ses adresses qui se situent dans le quartier du Vieux-Lille.

« Dans la restauration, enchaîner 5 jours d’affilée c’est hyper fatiguant, mentalement et physiquement », explique Félix, responsable de salle chez Bloempot. Restaurant dans lequel le chef nordiste Florent Ladeyn a instauré la semaine de 4 jours pour répondre à la problématique du rythme très exigeant dans ce milieu. Le Bloempot comme le BierBuik sont  deux de ses adresses qui se situent dans le quartier du Vieux-Lille. Nous sommes allés à la rencontre du personnel de ces restaurants pour comprendre les bénéfices du dispositif de la semaine de 4 jours.

Au Babe, un autre restaurant du cœur de Lille, le travail s’organise en semaine de 5 ou 6 jours. Quand nous nous y rendons au beau milieu d’un après-midi, Louison est assis au comptoir, penché sur son ordinateur. Il est directeur du restaurant et profite d’un moment de répit pour avancer sur ses tâches opérationnelles. Il est arrivé ce matin à 9 h pour mettre en place le service du midi, puis reste l’après-midi pour préparer celui du soir avant de partir à 18 h. Au sujet des rythmes, il explique : « La longue, c’est ce qui se rapproche le plus du rythme des métiers normaux, c’est le format coupure qui est le plus difficile. » Une coupure, c’est quand le salarié fait les services du midi et du soir, en ayant une pause entre ses deux services.

Le service en action, même avec une semaine condensée

 “Cette semaine de 4 jours est une des raisons qui m’a fait rester dans le groupe Ladeyn” : Félix, responsable de salle chez Bloempot.

Au Bloempot, toute l’équipe est en semaine de 4 jours, avec 2 jours de repos fixes – le restaurant est fermé le dimanche et le lundi – et un jour glissant. Au BierBuik, l’estaminet situé deux rues plus loin qui appartient également au chef nordiste, la semaine de 4 jours n’est pas en vigueur pour toute l’équipe. Paul, assistant manager de l’estaminet, confie : « C’est en fonction des désirs de chacun. »

Ce format ne réduit pas le nombre d’heures de travail. Les équipes font autant d’heures que sur une semaine de 5 ou 6 jours. Mais il permet d’avoir 3 jours de repos dans la semaine, ce qui laisse plus de temps pour des activités annexes que s’ils avaient 2 jours et des soirées réparties dans la semaine. Ce dispositif constitue une solution pour apaiser le rythme de travail infernal de ce milieu. Il n’y a pas de secret : plus de repos donc moins de fatigue.

Pour Félix, ce format de semaine en 4 jours est idéal : « je voyais d’autres propositions qui permettaient d’avoir des soirées de temps en temps, mais tu travaillais du lundi jusqu’au samedi ce qui n’était pas forcément hyper intéressant. » Il met un point d’honneur à ces 3 jours de repos, si bien qu’il explique que « cette semaine de 4 jours est l’une des raisons qui m’ont fait rester dans le groupe Ladeyn. »

Pour lui, la cuisine s’arrête une partie de la semaine, mais le service continue pour d’autres

Une solution y compris pour l’employeur

L’un des principaux arguments de Florent Ladeyn lors de la mise en place de ce système était l’amélioration de l’efficacité des employés. Attribuer un jour de repos supplémentaire permet aux salariés d’être plus efficaces lors de leurs 4 jours de travail. C’est ce que souligne le responsable de salle de chez Bloempot : « ça permet de couper un petit peu dans la semaine et d’être plus disponible pour le restaurant quand on revient. »

La semaine de 4 jours nécessite également moins de salariés. En effet, c’est majoritairement la même équipe au service du midi et du soir, contrairement aux établissements organisés en semaines classiques qui ont des équipes qui tournent entre les deux services. Au Bloempot, Félix compte 4 salariés en CDI et un en alternance en salle, ainsi qu’entre 5 et 7 personnes en cuisine en fonction des périodes.

Tristan Derigny 

Photographies de Clara Catrin

Edito : Moins de bureau mais plus de boulot ?

La semaine de quatre jours n’est plus une utopie de syndicaliste rêveur ni un  fantasme de salarié fatigué : c’est désormais une idée sérieuse qui frappe à la porte de nos bureaux… pendant que la machine à café tourne à plein régime afin de nous tenir éveillés. Et si le vrai scandale n’était pas de travailler moins, mais de continuer à travailler mal, longtemps, et souvent pour rien ?
Depuis des décennies, nous confondons présence et efficacité. On reste tard, on aligne les réunions inutiles, on répond à des mails envoyés à 20h comme si la civilisation en dépendait. Résultat : des salariés épuisés, des entreprises qui stagnent – en 2023, la productivité était inférieure de 8,5 % au niveau qu’elle aurait atteint si la tendance d’avant-Covid (2010-2019) s’était poursuivie – et un vendredi après-midi où plus personne ne fait semblant d’être productif. La semaine de quatre jours pose une question simple et presque insolente : et si on arrêtait l’hypocrisie collective ?
 Travailler moins pour produire autant — voire mieux — n’a rien d’une paresse nationale. C’est un pari sur l’intelligence plutôt que sur l’endurance. Moins de temps, donc plus de concentration. Moins de fatigue, donc plus de performance. Et peut-être, mais on a du mal à y croire, des gens qui arrivent le lundi sans avoir déjà la tête au week-end prochain.
Bien sûr, certains redoutent la catastrophe économique. On annonçait déjà la fin du monde avec les congés payés. On a survécu. La semaine de quatre jours n’est pas une fuite du travail ; c’est peut-être enfin sa mise à jour.

Martin Canque

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