Du 7 mars au 5 juillet 2026, le musée de la Piscine de Roubaix accueille l’exposition La Redoute, un temps d’avance. Mode, design, publicité. Derrière cette mise en valeur du patrimoine se pose la question du décalage entre récit touristique et réalité économique. Economiste, enseignant-chercheur, spécialiste de l’analyse des pratiques touristiques, Pascal Cuvelier revient sur cette différence.
Retour au siècle dernier : les couleurs vives des pulls à motifs contrastent avec l’image d’un Roubaix, gris et industriel. En déambulant dans les différentes pièces, l’exposition ravive cette mémoire textile aux pigments éclatants, quitte à en proposer une version idéalisée.
Une exposition romantisée
« Retracer l’histoire de cette success-story », telle est la vocation du musée en organisant cette exposition. Fondée en 1837 à Roubaix par Joseph Pollet, La Redoute, anciennement « Joseph Pollet et Fils » s’impose peu à peu dans l’industrie textile. L’entreprise attire et emploie pas moins de 1360 salariés en 1911. Mais surtout, elle multiplie les collaborations avec de célèbres couturiers et créateurs comme Yves Saint Laurent ou Jacquemus et fait appel à des mises en scène de célébrités photographiées, à l’image de Sylvie Vartan. Cette « success-story » permet à Roubaix, le « centre de la laine peignée » de devenir l’une des villes les plus industrialisées et dynamiques de France.
Pour autant, cette gloire ne durera pas éternellement. En 1975, les premières usines textiles ferment leurs portes. La ville qui était l’une des plus riches de France connaît alors plusieurs décennies de crise économique. Les industries se délocalisent et le « Manchester français » doit se réinventer, en misan principalement sur le concept d’économie d’enrichissement pour continuer d’attirer des touristes.
L’économie d’enrichissement repose sur la mise en récit du passé. Des villes comme Lille ou Roubaix se remémorent alors leur histoire et tentent de la romantiser en adaptant les lieux touristiques. Pascal Cuvelier explique : « La ville de Lille n’avait aucune vocation touristique jusque dans les années 1980. Il a fallu modifier l’image de la ville, en mettant des pavés, en restaurant des façades, pour donner l’apparence de l’ancien, de la tradition de l’authentique. Les touristes viennent maintenant chercher la cuisine lilloise, qui a été remise en valeur grâce à l’économie d’enrichissement. » Suivant ce principe, l’ancienne piscine de Roubaix est transformée en musée d’Art décoratif et figuratif. Elle accueille régulièrement des expositions concernant le passé de la région.
Une réalité plus contrastée
L’économie d’enrichissement repose sur la mise en récit du passé. Des villes comme Lille ou Roubaix se remémorent alors leur histoire et tentent de la romantiser en adaptant les lieux touristiques. Pascal Cuvelier explique : « La ville de Lille n’avait aucune vocation touristique jusque dans les années 1980. Il a fallu modifier l’image de la ville, en mettant des pavés, en restaurant des façades, pour donner l’apparence de l’ancien, de la tradition de l’authentique. Les touristes viennent maintenant chercher la cuisine lilloise, qui a été remise en valeur grâce à l’économie d’enrichissement. » Suivant ce principe, l’ancienne piscine de Roubaix est transformée en musée d’Art décoratif et figuratif. Elle accueille régulièrement des expositions concernant le passé de la région.
Pourtant, le musée n’apporte pas l’impact espéré à l’économie roubaisienne. Le professeur lance d’une voix enjouée : « Je pense que le musée est une réussite d’un point de vue patrimonial ». Il marque une pause avant de reprendre : « Mais peu d’emplois ont été créés, la culture coûte cher aux pouvoirs publics, même si j’en suis un grand défenseur, et cela n’a pas résolu les tensions identitaires. » La population locale ne se retrouve pas toujours dans les mises en récit trop éloignées de leurs territoires, qui permettent cependant d’attirer les touristes. « La piscine est tiraillée. Soit elle fait du local et elle touche sa population, soit elle fait trop de local et elle n’arrive plus à attirer la population extérieure. Or, il faut attirer des Belges, des Anglais, des Parisiens… », conclut l’économiste. Ce recours au patrimoine ne relève pas uniquement d’un choix économique ou culturel. Il s’inscrit dans un contexte plus large de désindustrialisation, qui a contraint des villes comme Roubaix à se réinventer économiquement. Privées de leur tissu industriel, elles entrent en concurrence pour attirer touristes et investisseurs, en valorisant un patrimoine retravaillé. Dès lors, ces stratégies tendent à produire des récits similaires, centrés sur l’authenticité, parfois au détriment des réalités sociales contemporaines.
A Roubaix, l’exposition ravive les couleurs d’un passé textile florissant. Mais le présent, entaché par sa réalité économique reste, lui, bel et bien gris.
Par : Loann Letourneux
Le tourisme comme levier de développement local : une illusion ?
Dans les années 1990, de nombreuses régions françaises, comme le Nord-Pas-de-Calais, souffrent de la désindustrialisation, avec une économie en déclin, une mauvaise image du territoire, un mal-être local, etc. De grandes stratégies nationales et régionales ont alors essayé d’œuvrer pour une reconversion de ces régions, dans de nouvelles économies telles que le tourisme.
Cette politique repose sur le concept d’économie d’enrichissement, développé notamment par Luc Boltansky. Il s’agit de mettre en valeur des choses du passé, des éléments déjà existant, en les associant à un récit territorial. L’économie du territoire se centre alors sur la tradition, l’histoire de ses habitants, en tirant du bénéfice. La valeur des objets issue de l’industrie devrait alors voir leur valeur augmenter, passant d’objet de production marchande à un patrimoine, à protéger et mettre en valeur.
Cependant, les critiques apportées au développement touristique de ces régions sont nombreuses.
Alors que les classes plus aisées y voient un signe de distinction, de valorisation territoriale, les classes ouvrières déplorent un nombre d’emploi créé insuffisant en plus d’être souvent plus qualifié.
Le tournant est souvent imparfait, avec des résultats en dessous de ceux attendus. Le Louvre Lens a par exemple nécessité pour sa construction 220 millions d’euros, et montre aujourd’hui des résultats décevants (notamment car difficile d’accès), avec des coûts d’entretien importants, et peu visités par les locaux.
Par : Marie Nesme
Par : Timéo Lepert
Illustration et photo : Eugénie Willmé
Mise en page : Anaé Maitrel