Comme chaque lundi soir, ce sont des dizaines d’étudiants qui se retrouvent à la Citadelle avec Runniv’Lille. Cette association d’étudiants de médecine s’est lancée le challenge de réunir les jeunes Lillois autour d’un « Blablarun » d’une heure, histoire de briser la glace mais aussi lutter contre la sédentarité. Une thématique qui touche particulièrement Sylvain Portier, professeur de sport, qui a lancé un comité de lutte contre la sédentarité dans son lycée à Bruz, en Bretagne. Des initiatives ambitieuses pour réconcilier la jeunesse et l’effort.
Sous une fine bruine, une bande d’irréductibles « runneurs » brave le froid lillois pour leur footing hebdomadaire. Entre deux foulées, Thibault souffle : « On court pour la santé aussi, pour garder une hygiène de vie correcte. » Motivé par sa sœur, l’étudiant en école d’ingénieur s’est prêté au jeu ce soir-là. Au programme, six kilomètres à allure confortable pour permettre à tout le monde de discuter en courant. Créée l’an dernier, Runniv’ Lille compte déjà plus d’une cinquantaine de « Blablaruns », ainsi que de multiples événements à thème. L’objectif ? « Permettre à des personnes qui n’ont pas l’habitude de courir de faire une activité sportive dans la semaine », confie Gaby, l’une des fondatrices du projet.
Étudiante en médecine, elle sait combien il est important de pratiquer une activité physique pour rester en forme et éviter toutes formes de sédentarité. Être sédentaire, c’est être éveillé en étant assis ou allongé, en ayant une dépense énergétique quasiment nul. Un fléau qui touche de plus en plus les jeunes et qui a de graves répercussions sur leur santé.
« La chaise tue »
Une récente étude du ministère de l’Éducation nationale a tiré la sonnette d’alarme sur les aptitudes physiques des adolescents. À la rentrée 2025, 267 000 élèves de sixième issus de 2 800 collèges ont été testés sur trois épreuves différentes. Mais c’est le test d’endurance qui a retenu toutes les attentions : 18% des collégiens sont incapables de courir plus de trois minutes, à une vitesse de 8,5 km/h. Et seulement la moitié parviennent à courir au moins cinq minutes, à 9,5 km/h. En 40 ans, les enfants ont perdu 25% de leur capacité cardiorespiratoire, selon la Fédération Française de Cardiologie.
Des résultats loin d’impressionner Sylvain Portier, professeur d’EPS au lycée Anita Conti en Bretagne. Témoin au quotidien d’un déconditionnement physique de la jeunesse, ce professeur à lancé, avec ses collègues, un comité de lutte contre la sédentarité il y a cinq ans.
Leur cible numéro 1 : le système éducatif. « C’est lui qui oblige les élèves à être assis. Il faut que l’organisation des cours et du temps scolaire soient prévus pour que les élèves soient actifs. » En effet, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande moins de sept heures d’inactivité par jour. Or, le format d’enseignement actuel oblige les étudiants à rester cloués sur leur chaise une grande partie de la journée.
Dans leur ligne de mire se trouve également les écrans. « Non les jeunes ne sont pas plus fainéants qu’avant, mais leurs écrans les pétrifient », regrette Sylvain Portier. « Ils offrent tellement de possibilité de ne pas faire d’activité sportive que les jeunes ont perdu le goût de l’effort. »
« Les jeunes de 30 ans ont des maladies de vieux »
Un problème non sans conséquence. Selon le cardiologue et médecin du sport François Carré, la sédentarité favorise « le développement d’environ 35 maladies. » Entre autres, le diabète de type 2, le surpoids, les troubles psychiatriques ou encore la hausse des risques cardio-vasculaires. « On observe une hausse des cas d’infarctus chez des jeunes de 30 ans, qu’on ne voyait jamais avant 50 ans auparavant », ajoute Sylvain Portier.
« Si rien de change l’espérance de vie en bonne santé va chuter », prévient le professeur. Un enjeu donc de santé publique auquel l’État peine à répondre. « Les dépenses en santé vont exploser, on va assister à un véritable tsunami sanitaire. »
À leur échelle, les profs du lycée Anita Conti ont reçu des subventions de l’État pour investir dans du mobilier actifs afin de « varier les postures de travail ». En effet, les médecins recommandent de ne jamais rester inactif pendant plus de trente minutes. Ainsi, plusieurs salles ont déjà été équipées de ballons ergonomiques, vélos de bureau et chaises sans dossier. L’objectif : « casser les temps de sédentarité ».
Loin d’êtres suffisantes à elles seules pour lutter contre la sédentarité, ces initiatives ont le mérite de sensibiliser et de faire bouger la jeunesse. Sous les néons de la Citadelle, les derniers courageux « runners » rentrent chez eux. Après une heure d’effort et quelques kilomètres parcourus, c’est avant tout leurs corps qui les remercient.
Titouan Touzet
Zoom
La marche, cure de jouvence ?
Si vous n’êtes pas un grand sportif, aller chercher votre baguette à pied à la boulangerie ou votre journal au tabac-presse pourrait bien vous aider, voire vous sauver, face aux effets délétères de la sédentarité. Cette phrase pourrait sonner comme un slogan publicitaire, et pourtant elle repose sur une réalité scientifique bien établie.
Responsable de près de cinq millions de décès chaque année dans le monde, l’inactivité physique figure aujourd’hui parmi les principales causes de mortalité évitable, devant même le tabagisme. Véritable fléau de santé publique, cette mortalité précoce pourrait pourtant être largement réduite par des changements simples et accessibles du quotidien.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, seulement quinze minutes d’activité physique quotidienne à intensité modérée suffisent à diminuer d’environ 15 % le risque de mortalité prématurée. Promener son animal de compagnie, se déplacer à pied ou profiter d’une courte balade pendant la pause déjeuner devient alors bien plus qu’un moment de détente. Ces gestes contribuent activement à la réduction des risques de maladies cardiovasculaires, de certains cancers, de diabète, d’obésité et, plus largement, de morbidité générale.
L’OMS va même plus loin dans ses estimations : quinze à vingt minutes de marche par jour pourraient permettre de gagner jusqu’à trois années d’espérance de vie. Ces bénéfices sont d’autant plus marqués chez les personnes très sédentaires, pour lesquelles de petits changements produisent déjà des effets significatifs.
Il convient toutefois de rappeler que l’activité physique ne se résume pas à une séance de sport. Réduire le temps passé assis, multiplier les déplacements actifs et intégrer le mouvement dans les habitudes quotidiennes sont tout aussi essentiels.
Au-delà de la paresse du quotidien, marcher quelques minutes chaque jour constitue ainsi un levier simple, durable et efficace pour préserver sa santé. Et si votre curiosité ou votre esprit d’explorateur vous pousse à dépasser ces quinze minutes de marche quotidiennes, peut-être y trouverez-vous, sinon le secret de la longévité, du moins l’un de ses piliers les plus accessibles.
Axel Marc