La consigne, une réponse durable à la pollution plastique

La France est le 5ème pays consommateur de bouteilles d’eau en plastique sur une planète où 9,3 milliards de litres d’eau en bouteille sont vendus chaque année. Ce plastique s’accumule dans l’environnement et notamment dans les océans créant une pollution sans précédent. Le plastique a en effet remplacé la bouteille en verre qui était consignée entre 1930 et 1970. Des initiatives essayent de remettre la consigne au goût du jour comme le Fourgon. Créée en avril 2021, basé à Wambrechies, dans la métropole lilloise, l’entreprise livre des produits consignés chez les particuliers et les professionnels. La cheffe de projet Impact du Fourgon Aurore Floury, se charge de la démarche RSE de l’entreprise.

Concrètement dans leur proposition le Fourgon propose une indemnisation financière de 20 centimes pour les bouteilles de grand format et de 10 centimes pour les petits formats. Ce système permet de rendre le consommateur plus responsable et conscient de son impact environnemental. Cette initiative à aspect écologique permet d’impliquer plusieurs acteurs comme l’entreprise mais aussi leurs clients. Aurore Floury, cheffe de projet Impact nous explique le rôle de l’entreprise dans cette mécanique : « Nous gérons la distribution et la récupération des contenants grâce à sa reverse logistic : on récupère les contenants vides lors du dépôt d’une commande. » Ainsi, les clients vont directement rendre les contenants pour réutilisation. Pour subvenir à cette solution fiable, le Fourgon peut compter sur des prestataires régionaux chargés de laver les contenants. C’est le cas de Haut la Consigne, expert du réemploi de contenants dans le Nord de la France.

En 5 ans, leur solution a permis de réemployer plus de 50 millions de contenants. Aurore Floury, présente leur mission : « rendre la consigne accessible à tous, et ainsi supprimer les emballages à usage unique. Nos produits sont donc conditionnés dans des emballages réemployables (bouteilles, bocaux, caisse, etc…). » L’entreprise souhaite faire revenir dans le quotidien de leurs consommateurs la pratique de la consigne. Elle insiste notamment sur le service de “reverse logistic” permettant d’atteindre un taux de retour des contenants vides de 98%. Ils essayent de rendre cette pratique courante en la rendant accessible à tous avec un site en ligne et en livrant à domicile.

Un début d’accompagnement législatif

Afin de rendre cette solution viable, un encadrement législatif est nécessaire c’est le cas de la loi anti-gaspillage dite loi AGEC, qui met en avant le décret 3R : Réduction, Réemploi et Recyclage. Elle avait comme objectif d’ici la fin 2025 d’avoir 20% de réduction des emballages plastiques à usage unique dont 10% grâce au réemploi des contenants. Même si cette solution semble pertinente, elle montre quand même des limites. La consigne des bouteilles dépend toujours du choix du consommateur. Même si le réemploi est meilleur que le jetable, il y a encore des transports supplémentaires, de l’eau et de l’énergie pour laver les contenants. Comme il n’y a pas d’obligation, tous les restaurateurs ne collaborent pas forcément avec le Fourgon. Cette proposition demeure solitaire de son côté. Par exemple, en Belgique, les bouteilles en verre réutilisables font l’objet d’une consigne. Cela concerne principalement les bouteilles de bière et les bouteilles d’eau et de boissons non alcoolisées destinées au secteur de la restauration. Dans notre pays voisin, cela devient une obligation pour les restaurateurs et plus un choix.

Si la consigne apparaît comme une alternative prometteuse, elle ne peut à elle seule résoudre la pollution plastique, qui nécessite également une réduction globale de la production et de la consommation.

Par Alexis Malo

Edito

Cela fait quelques mois que les snacks se multiplient dans tous les quartiers lillois. Burgers, tacos, bowls ou barquettes à emporter : une offre variée, rapide et accessible. Mais derrière ces repas généreux se cache une réalité bien moins visible : une accumulation massive de déchets plastiques à usage unique.

À l’opposé de ce modèle, des initiatives comme celles du Fourgon proposent une alternative basée sur la consigne : bouteilles en verre, contenants réutilisables, livraison à domicile. Une logique simple, presque évidente et pourtant encore marginale.

Pourquoi ces deux modèles coexistent-ils sans réellement se rencontrer ? La réponse dépasse largement la seule question écologique. On parle sans cesse de « consommer responsable », de réduire son plastique, de privilégier le réutilisable. Mais ces injonctions supposent du temps, de l’organisation, et parfois un coût initial plus élevé. Autant de contraintes qui pèsent différemment selon les milieux sociaux.

Car la consommation, comme l’expliquait Pierre Bourdieu dans La Distinction, est profondément liée à la position sociale. Là où certaines classes peuvent intégrer des pratiques écologiques : tri, vrac, consigne, d’autres privilégient des solutions rapides, accessibles et peu coûteuses. Non par ignorance, mais par nécessité.

Dans ce contexte, le plastique devient presque invisible : il est partout, mais rarement choisi. Les emballages jetables accompagnent une alimentation rapide, adaptée à des rythmes de vie contraints. À l’inverse, le système de consigne suppose une projection dans le temps : rapporter, réutiliser, anticiper. Une logique qui entre en tension avec le quotidien de nombreux consommateurs.

Les réseaux sociaux, notamment TikTok, participent d’ailleurs à renforcer ces modèles de consommation. Les nouveaux snacks y bénéficient d’une visibilité massive, gratuite, portée par les jeunes eux-mêmes. En comparaison, les initiatives durables peinent encore à s’inscrire dans ces dynamiques virales.

Derrière cette opposition entre plastique jetable et réemploi se dessine en réalité une géographie sociale de l’écologie. Loin d’être uniquement une question de volonté individuelle, la transition vers des pratiques plus durables dépend aussi des conditions de vie.

Au fond, la consigne n’est pas seulement une solution écologique : c’est un marqueur social en devenir. Et tant qu’elle restera associée à certains modes de vie plutôt qu’à une norme collective, le plastique, lui, continuera de s’imposer comme le choix par défaut.

Par Théa Bodin

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