Le manga tourne la page du déclin de la lecture chez les jeunes

by Mathis Bonamy
« Toute lecture est bonne pour accrocher un jeune et l’aider à lire », déclare Valérie Louchart, professeure de français. Face à la baisse de la lecture chez les jeunes, provoquée en partie par la concurrence d’internet et des écrans, les mangas peuvent être une nouvelle porte d’entrée vers la littérature pour les jeunes.

A l’ère prédominante des vidéos et des images, lire reste un essentiel pour la jeunesse. Amélioration de la concentration, développement du vocabulaire, les vertus de la lecture pour les jeunes ne sont plus à prouver. Valérie Louchart explique plus en détail : « La lecture est importante car c’est une action, on est actif. A la différence de la consommation d’écrans où l’on ingurgite des images, elle engage le corps, on se met dans une position confortable, on tient le livre et tourne les pages. Elle engage également l’imaginaire et développe l’esprit critique et ce, encore plus chez les enfants. » L’étude Les jeunes français et la lecture, réalisée par le Centre National du Livre ; avance que la baisse de la lecture chez les jeunes constitue donc un réel problème d’ordre public. Et pour le résoudre, les mangas pourraient être la solution. Ils apparaissent comme une alternative à la lecture d’ouvrages dits « conventionnels » voire « scolaires », que les jeunes ont de plus en plus de mal à lire.

Remède potentiel

La mode des mangas est maintenant bien implantée en France, deuxième marché mondial, comme nous le confirme le directeur de la boutique de jeux de société et manga Bazar du Bizarre à Lille: « En France, c’est Club Dorothée qui a implanté le phénomène, et provoqué l’import massif des dessins animés japonais dans les années 80-90. Puis les éditeurs se sont bien engouffrés dans le mouvement, avec le travail de précurseurs comme Glénat ou Delcours. » La période du Covid a également été très prolifique chez les libraires, d’autant plus que cette période est marquée par l’arrivée du Pass Culture. Au micro de Konbini, la ministre de la culture Rima Abdul-Malak évoque les débuts du dispositif : « Lors du lancement du Pass Culture, il y a eu un phénomène de précipitation sur les mangas, et 70% des livres achetés sur le Pass Culture étaient des mangas, mais aujourd’hui c’est moins de 30% des livres achetés sur le Pass Culture. » Et d’après les libraires qu’elle a rencontrés, « quand un jeune entre dans une librairie pour acheter un manga, dans la moitié des cas il repart en plus avec un livre qui n’est pas un manga« .

Vers la littérature classique

Par leurs côtés imagés, « les mangas permettent de mieux imaginer, de mieux se représenter l’histoire », explique Sevan Elmayan, président de l’association de culture japonaise Okaelille. Cette représentation imagée, Valérie Louchart l’utilise avec ses élèves : « Pour commencer à étudier des œuvres, je passe par des formats comme des mangas avec des livres comme Le rouge et le noir ou encore Les Misérables. » Elle justifie cette méthode : « Il faut mettre toutes les chances du côté des élèves en allant chercher les jeunes où ils sont pour les amener ensuite vers la littérature classique. » Au-delà de leurs valeurs et de leurs qualités indéniables, les mangas peuvent alors également être considérés comme une passerelle pour les jeunes vers la littérature conventionnelle. Les mangas seraient ainsi une réelle porte d’entrée vers la littérature « classique », avec « des jeunes qui, après avoir lu des romans adaptés en mangas, seraient tentés de lire le roman en entier en grandissant », explique Sevan Elmayan. En effet, de par son bas prix, son format court, et son aspect feuilleton très addictif, le manga a tout pour plaire et pour redonner goût à la lecture à la jeunesse !

Colin Van Hille

Le shônen, considéré comme le genre le plus répandu, vise particulièrement le public masculin de 8 à 18 ans, à l'image des One Piece, Naruto ou Dragon Ball. Crédit : Nicolas Amadei

ZOOM: Quand les mangas investissent le petit et le grand écran, les jeunes se mettent à en lire

Si les lecteurs sont nombreux à dévaliser les rayons de mangas, producteurs et réalisateurs se saisissent tout autant du phénomène pour surfer sur son succès auprès des jeunes. Ces bandes dessinées japonaises sont de plus en plus adaptées à la télévision et au cinéma. De quoi attirer de nouveaux lecteurs, découvrant l’univers des mangas par ce biais.  

Dans le même esprit que la saga Harry Potter, des livres aux films, où le public s’élargit en faisant le chemin inverse, le manga peut être adapté en ce qu’on appelle au Japon un animé, soit un dessin animé.

Désormais, le cinéma reprend ces histoires pour les adapter en prises de vue réelles. Par exemple, le manga et animé One Piece d’Eiichirō Oda, qui suit les épopées du pirate Luffy, a été adapté en une série « live action » sur Netflix. Comptabilisant plus de 500 millions d’exemplaires écoulés depuis sa création et 106 tomes, il est le manga le plus lu au monde. Le budget alloué de 140 millions de dollars témoigne de l’important rayonnement espéré pour la série. La saison 1 est sortie le 31 août dernier, avec, au bout de 4 jours, pas moins de 18,4 millions de visionnages. La saison 2, elle, a bien été confirmée par la société états-unienne.

Sevan, président de l’association de culture japonaise de Centrale Lille, nous confirme cette tendance : « Certains préfèrent des formats audiovisuels pour suivre une histoire mais oui, quelqu’un de plus habitué aux films peut être initié de cette manière. Si ça lui plaît, cette personne va progressivement se mettre aux mangas, donc à la lecture, avec d’abord les animés, puis les mangas. ». Une quantité croissante de spectateurs se prennent donc au jeu de ces mangas cinématographiques, au point de sauter le pas pour découvrir l’oeuvre originale et pour de nombreux jeunes, faire de la lecture un nouveau hobby.

Etienne Balthazard

Manga : historique d'un succès

Vidéo : Fabio Delafontaine

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