Le cœur de la musique lilloise en danger

En plein cœur de la métropole, dans le quartier de Wazemmes, la Malterie est l’endroit incontournable de la vie musicale lilloise depuis 30 ans, là où de multiples projets se pensent, se créent et se concrétisent. Mais le doute plane sur son avenir, depuis que la société propriétaire du bâtiment tente d’imposer une lourde augmentation du loyer, menaçant d’expulsion l’association. Une situation qui interroge sur la place de l’événementiel au sein de la métropole. 

En cette soirée de début de semaine, le spectacle proposé à la Malterie est impressionnant. Le collectif Muzzix compose devant une vingtaine de spectateurs une improvisation sonore bluffante et particulière, qui laisse tout sauf de marbre. Des expériences pareilles, la Malterie en a accueilli des milliers depuis sa création, toutes plus différentes les unes des autres. Sur l’année 2024, elle a co-réalisé plus de 92 concerts, tout en servant également de studio à des dizaines d’artistes, et en accueillant un nombre équivalent de résidents.

La devanture de la Malterie

La devanture de la Malterie

Autant dire que s’il y a bien un endroit par lequel la musique passe à Lille, c’est la Malterie. Bien plus que juste à Lille même, comme l’explique un membre du conseil d’administration ayant voulu rester anonyme : « Les musiciens répètent ici, et vont ensuite jouer dans le monde entier, que ça soit en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie ».

UNE AUGMENTATION ET UN FUTUR INCERTAIN

Mais depuis maintenant quelques mois, l’association est confrontée à un problème d’envergure. La société propriétaire du bâtiment envisage d’imposer une augmentation du loyer de plus de 50 %. Une évolution impensable, comme les bénévoles impliqués au cœur du projet l’expliquent sous la pétition de soutien lancée le 11 septembre 2025, ayant déjà accumulé plus de 4 100 signatures : « Nous ne pouvons accepter sans mettre en danger l’existence même de notre projet à court terme. Devant notre refus, elle nous assigne en justice en demandant notre expulsion ». Les raisons d’une telle augmentation ? La réponse est simple selon notre interlocuteur : « Parce qu’elle [la société propriétaire] veut gagner de l’argent. Elle estime qu’on ne payait pas assez, et qu’à Lille son bâtiment vaut plus cher, c’est tout ». 

Si c’est un problème aussi grave, c’est avant tout car la Malterie est un lieu unique à Lille. 

« Bouger La Malterie est une solution étudiée depuis longtemps, et c’est impossible. Il n’y a pas de lieu à Lille qui pourrait accueillir ce projet, avec les contraintes qu’il pose, c’est-à-dire des musiciens qui répètent et une salle de concert. ».

UNE REMISE EN QUESTION DE L’ÉVÉNEMENTIEL 

L’événementiel et la culture deviennent ainsi victimes des enjeux immobiliers, quand au début du projet, les prix étaient bien plus bas. Cette menace touche la Malterie en l’occurrence, mais pourrait tout à fait toucher d’autres projets indépendants, français ou étrangers. Cela rappelle qu’avant d’être un lieu de culture, le monde de l’événementiel s’inscrit avant tout dans une dynamique globale de société, et doit ainsi respecter les mêmes contraintes que tout le monde. Mais est-ce que la culture ne devrait pas être jugée comme essentielle et absolument préservée ? À ce sujet, notre interlocuteur relativise mais n’oublie pas le contexte dans lequel s’inscrit la Malterie :

« Qu’est-ce qui est essentiel ? Il y a des gens qui meurent de faim, il y a des gens qui dorment dans la rue, c’est quand même plus important. Mais pour une ville qui prétend être une ville de culture, c’est important d’avoir un lieu comme celui-ci ». 

DES SOLUTIONS ET DE L’ESPOIR

Si la situation semble complexe, certaines solutions sont néanmoins envisagées. « Pour l’instant, je ne peux pas dire grand chose, car tout est en négociation au tribunal, mais on travaille sur différentes solutions ». L’équipe autour du projet reste optimiste, bien déterminée à continuer de mener cette aventure : « Pour l’instant, tout le monde est confiant dans le fait qu’on va trouver une solution. Même si on ne trouve pas, il faut absolument faire vivre jusqu’au bout ce bâtiment. Quoi qu’il arrive, c’est tellement indispensable que l’on sera là jusqu’au bout ». 

Clement GOILLOT

Zoom sur… La bière coule, le bistrot aussi

   Depuis trois ans et demi, la bière coule à flot au Bistrot Saint-So. Les concerts enflamment la foule. Les sourires éclairent des terrasses bondées. A boire, à manger et à danser, l’endroit est multifonctionnel. Plus de 210 événements ont été portés à bout de bras. Parfois, cela s’est fait au prix de nuits blanches et de sacrifices personnels. Ceux qui font vivre ce lieu ont donné beaucoup d’eux-mêmes. Oui mais tout ça, c’était avant…

Avec un modèle économique jugé “intenable” par le bar et une liquidation judiciaire tranchée par le tribunal de commerce, celui-ci s’est vu obligé de mettre la clé sous la porte, le 24 septembre dernier. Afin d’alerter sa clientèle, le Bistrot Saint-So a avait déjà pris la décision d’effectuer une fermeture symbolique le 12 septembre. Un avertissement sans réelles conséquences pour les institutions publiques lilloises.

Le bistrot Saint So fermé

Le bistrot Saint So fermé

Moins de deux semaines après, la réalité de la fermeture frappe un grand coup, noyant définitivement le bistrot. On ne pourra plus jamais étancher sa soif au bistrot Saint-So, ce dernier en a payé la note.

Suite à une publication sur leurs réseaux sociaux, le bistrot s’insurge et accuse la ville de Lille et Lille3000 de lui avoir coupé la pression. Le chef-lieu du Nord dément ces accusations. Il affirme avoir réduit rétroactivement de 30% la redevance fixe demandée au bistrot et rejette l’idée de désengagement envers ce lieu de rencontre mythique de la gare saint-sauveur. La municipalité affirme que des rencontres entre les deux parties avaient lieu et que des aménagements de créneaux horaires, concernant la suppression de certains services au midi et au soir, avaient été trouvés.

Le bistrot ne publiera pas d’autres communiqués, la réalité des faits restant depuis en suspens.

Si la bière coule encore, le Bistrot aussi… 

Maud Bernard

Entretien avec la députée européenne Emma Rafowicz :

Crédit vidéo : Maxence Oudotte 

Crédit photos : Jules Lanoe

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