Depuis 1987, l’association Ludopital, présente dans une cinquantaine d’établissements de santé de l’Eurométropole lilloise, a pour objectif d’améliorer la vie des enfants hospitalisés. Que ce soit par la distribution de jouets ou la décoration des chambres d’hôpital, ses membres n’aspirent qu’à une seule chose : faire sourire ces enfants et leur apporter du réconfort.
Rendre plus agréable la vie des enfants hospitalisés, voilà la volonté initiale de Bernard Grimbert, manipulateur en radiologie à l’hôpital de Roubaix et fondateur de Ludopital. 38 ans plus tard, avec près de 150 bénévoles, l’association est aujourd’hui bien implantée dans les hôpitaux de la région, où elle continue d’œuvrer et de s’étendre au fil des ans : « On a récemment signé des contrats avec les hôpitaux de Lens et Arras », explique Bernard Cadart, bénévole de longue date de l’association. Lui et tous les membres de Ludopital, sont animés par un seul objectif, celui d’aider les enfants hospitalisés dans leurs combats contre la maladie.
Quand le jouet devient un outil thérapeutique
L’hôpital public se fragilise depuis des années, faute de moyens et de personnel, au point de parfois reléguer le bien-être des patients au second plan. Cette dégradation touche particulièrement les enfants, dont l’accueil et l’accompagnement humain sont souvent sacrifiés face aux contraintes budgétaires. Dans ce contexte, le jouet est la clé pour aider les enfants à l’hôpital, en particulier ceux touchés par les maladies les plus graves. Selon Bernard : « Le but c’est de dédramatiser le soin et qu’on puisse offrir à l’enfant un petit moment d’air pur et de liberté avec un jouet. » Le jouet n’est pas un simple divertissement : il apaise, rassure et aide l’enfant à accepter le soin. En créant un lien entre les soignants et les patients, il devient un véritable outil thérapeutique utile aux soins et à la guérison de ces derniers : « On appelle ça des jouets courage, pour oublier la petite piqûre ou les blouses blanches », ajoute-t-il.
Cette idée des bienfaits thérapeutiques du jouet, est également défendue par Jacqueline Dangletterre, présidente de Ludopital, qui a notamment encadré l’équipe du service de pédiatrie du centre hospitalier de Roubaix. Selon elle, le jouet sert avant tout à détourner l’attention de l’enfant pendant les soins invasifs, comme une prise de sang ou la pose d’une sonde, mais aussi lorsque les parents ne peuvent pas être présents lors d’une opération : « Cela facilite le soin de l’enfant, mais aussi le travail des soignants », affirme-t-elle. Si l’enfant peut pleurer au moment de la piqûre, son attention reste focalisée sur le jouet : la douleur n’est pas supprimée, mais elle est atténuée, mise en retrait.
Collecter, nettoyer, redistribuer : les différentes missions de l’association
Chaque année, Ludopital s’occupe de collecter des dizaines de milliers de jouets. Ces derniers sont majoritairement issus de dons faits par des familles, des municipalités, mais aussi des partenariats avec des entreprises comme Auchan, avec qui ils ont dernièrement travaillé : « En comptant les deux magasins Auchan Leers et Auchan Roncq, on a récolté 800 à 850 jouets neufs. C’est une véritable mine d’or pour nous », confie Bernard. Les jouets, une fois collectés, sont nettoyés avec soin par les bénévoles dans les locaux de l’association, que Bernard surnomme « La caverne d’Ali Baba ». Ce nettoyage doit être minutieux afin de respecter des normes strictes sur les objets dans les hôpitaux. Une fois cela fait, ils sont acheminés dans les établissements de santé de la région, où ils sont distribués aux enfants par le personnel soignant.
En plus de ces distributions, Ludopital s’occupe aussi d’améliorer leur cadre de vie en décorant notamment les chambres des hôpitaux avec l’installation, par exemple, d’aquariums ou de projections lumineuses : « On veut faire oublier aux enfants les murs blancs de l’hôpital. » Des ateliers et des espaces ludiques sont aussi aménagés : « À Villeneuve-d’Ascq, on a créé un mur d’escalade, pour éviter que les enfants, durant leur rééducation, ne portent des poids pendant deux heures. »
Pour continuer à financer ses actions et se faire connaître, Ludopital met en place différents projets, comme en décembre dernier avec le festival solidaire « Ludopital Fait Son Show », au Théâtre Pierre-de-Roubaix. Organisé pour la 11ème année par Bernard Cadart, ce festival comportait deux soirées placées sous le signe de l’humour et de la comédie, animées par le groupe « Grim D’Folie » ainsi que par les artistes Céline Riou et Leïla Amar. Mais l’organisation de ces événements, comme le reste des activités de l’association, demande beaucoup de travail aux bénévoles. Financièrement, même si Ludopital est aidé de toutes parts, tout leur coûte de plus en plus cher et il y a toujours le risque que les dons diminuent, que des partenariats s’arrêtent ou que les événements organisés attirent moins de monde, comme ce fut le cas cette année pour le festival.
Cependant, malgré les difficultés, personne ne compte baisser les bras car leur engagement redonne des couleurs aux murs blancs de l’hôpital. En offrant ces jouets aux enfants malades, ils rappellent que l’hôpital devrait avant tout être un lieu de soin, mais aussi d’humanité.
Gaspard Proudhon
Edito
Mais comment a-t-on pu en arriver là ?
Dans l’idéal, une association telle que Ludopital ne devrait même pas exister. Leur noble mission, la dédramatisation du soin, devrait faire partie du traitement hospitalier pour tous, en particulier pour les jeunes enfants. Mais pourquoi est-ce à des associations d’essayer de redonner le sourire aux enfants dans les hôpitaux ? Pourquoi cet aspect de la prise en charge des enfants n’est-il pas prévu par l’État ou les hôpitaux eux-mêmes ?
Même si le non-engagement des hôpitaux peut être expliqué par des contraintes sanitaires ou budgétaires, rien ne justifie clairement la non-intervention des pouvoirs publics pour le bien-être des enfants hospitalisés. Alors pourquoi ces derniers agissent si peu pour le bonheur des jeunes malades ? Y a-t-il un réel désintéressement vis-à-vis du bien-être des patients en milieu hospitalier ou est-ce juste une question de priorités budgétaires ?
Posons-nous les bonnes questions, certaines sommes mériteraient sûrement d’être mieux allouées, surtout si c’est dans un but de santé publique et de protection de l’enfance. Alors que les grandes entreprises bénéficient de toujours plus de « cadeaux fiscaux » de la part de l’État (211 milliards d’euros en 2023 selon un récent rapport de la commission d’enquête sénatoriale), l’hôpital public en aurait bien besoin à l’heure où il connaît un déficit historique estimé à 2.9 milliards d’euros en 2024 (pour un budget total de 120 milliards). L’hôpital public est en crise et celle-ci devrait se prolonger avec l’adoption récente par l’Assemblée nationale du projet de loi de financement de la Sécurité Sociale, qui risque d’entraîner des coupes de plusieurs milliards dans les dépenses de santé. Dans ces conditions, impossible pour eux de dépenser pour le bonheur des enfants.
Alors, continuons tous ensemble d’aider les associations qui se battent pour cette noble cause, mais n’oublions pas que le problème vient aussi de plus haut…
Damien Lecornué
Photo : Hugo Petit
Vidéo : Jeanne Sorge
Mise en page : Jade Yanelli