Il y a tout juste dix ans, en février 2016, Grégoire Sénéclauze et Renaud Verhaeghe ont co-créé un atelier, centré sur le cyclisme et axé sur le vivre ensemble et la solidarité : Les Mains dans le guidon. Comment ont-ils réussi à rendre la réparation de vélos une activité sociale afin que chacun.e puisse apprendre ensemble, telle une communauté interdépendante ? 

En pensant y rester une demi-heure pour réparer son vélo, on se laisse facilement porter par la camaraderie et les bons conseils de l’atelier. L’idée de Grégoire et Renaud était de créer un endroit ouvert à tous. Un endroit pour bichonner nos vieux vélos en bonne compagnie. Et voilà, on passe 2 heures dans cet atelier convivial, avec une tête remplie de conseils vélocipédiques, un ravitaillement qui fait du bien et un vélo neuf ! 

Intérieur de l'établissement "Les Mains dans le guidon"

Une communauté de cyclistes 

Le manque d’espace pour réparer son vélo, ne pas savoir comment faire ou une pièce manquante, ce sont les problématiques qui ont inspiré les deux amateurs de cyclisme. Pour répondre à ces difficultés, Les Mains dans le guidon est un lieu qui fait sens étant donné la présence grandissante du vélo à Lille. Les modes de déplacement et les mentalités évoluent. Le cyclisme en fait partie, souvent utilisé pour les trajets entre le domicile et le travail au lieu de recourir à la voiture ou au métro, davantage individuels. Le respect de l’environnement et l’augmentation de la mobilité sont aussi des facteurs changeant les habitudes des lillois.e.s. Une communauté de cyclistes se forme et avec eux, les complications vélocipédiques aussi, d’où la création d’un atelier de réparation. À cela, les associés ont ajouté l’aspect social d’un bar, lieu de rencontres pour les passionné.e.s de cyclisme. Grégoire  confie que le projet était : «D’avoir du monde, où les gens se rencontrent et échangent.» Tout le monde en sort gagnant, surtout lorsque l’on possède un vélo dit «vintage». Les pièces sont plus difficiles à trouver et chaque vélo est différent, pas standardisé. Cet atelier est une alternative aux grandes enseignes qui ne s’occupent que des vélos relativement neufs et ne possèdent pas les pièces utiles à la réparation des vélos anciens. Ici, une ribambelle de pièces différentes sont stockées et fournies par des commerçants spécialisés. Et les outils sont à disposition de tous et toutes, on se sert et on remet en place. Les Mains dans le guidon promeut le cyclisme en le rendant plus accessible.

Grégoire Sénéclauze co-gérant de "Les Mains dans le guidon"

Côté relationnel, ça donne quoi ?

Dans cet atelier, tout le monde participe à la restauration, autant l’un des deux associés que les habitué.e.s qui aiment transmettre leur savoir. La création de l’atelier et de son bar permet l’échange de connaissances, une communauté qui s’entraide et propose un lieu désacralisant la réparation, car oui, réparer un vélo peut faire peur, surtout quand on ne sait pas comment s’y prendre. « A la fois, il y a des gens qui adorent ça (réparer des vélos), donc ils cherchent un endroit pour le faire, et d’autres qui ont peur de le faire, donc un endroit qui démystifie. » Alors cet atelier créé par et pour des cyclistes gagne en notoriété auprès des vieux vélos et de leurs cyclistes qui n’avaient pas vraiment d’autres choix pour les réparer et trouver les pièces correspondantes. Cette popularisation a permis de mettre la plaque à l’initiative de Grégoire et Renaud qui ont augmenté la cadence de ce concept, en formant d’autres féru.e.s de cyclisme afin qu’ils et elles puissent ouvrir trois autres Les Mains dans le guidon dans la métropole lilloise. Ce projet espère s’étendre à d’autres territoires. 

Ils ont également commencé à proposer des événements ouverts à tous et toutes pour se retrouver entre passionné.e.s de cyclisme. Ils ont déjà mis en place des projections sur des courses ou bien des partenaires sont venus présenter de nouveaux produits innovants comme un vélo en bois et même un concert a eu lieu à l’atelier. Tout ça dans le but de promouvoir le cyclisme dans les Hauts-de-France, notamment en partenariat avec l’association Hauts de France Terre de vélos. Les Mains dans le guidon répond à la démocratisation du cyclisme et met à l’honneur la remise en état collective de nos vélos. Entre arrêt technique, ravitaillement et peloton, la cadence augmente, pour le plus grand plaisir de tous les cyclistes. 

 

Par Ida Delporte 

ZOOM : Lille et le vélo un bon tandem ?

Derrière les championnes incontestées des villes cyclables de France, à savoir Grenoble, Strasbourg ou encore Rennes, toutes trois en catégories A soit la meilleure possible, Lille reste loin du peloton de tête avec sa catégories C. Il convient toutefois de spécifier que la ville du Nord revient de loin. 

En 2019 La capitale des Flandres était bien bas selon le baromètre des villes cyclables en catégorie E. Face à cette situation la décision de mettre en place un « plan vélo » à 100 millions d’euros à été prise, aménagement qui s’étendrait de 2021 à 2026. Grâce à cela selon le nouveau classement 2025 de la Fédérations française des Usagers de la Bicyclette (FUB) la ville de Lille réalise la meilleure échappée des grandes villes françaises avec une progressions de 18,5% au classement. La faisant gentiment arriver dans le Top 10. Entre autre les dizaines de kilomètres de pistes cyclables séparées de voies auto, les zones 30 généralisées, les vastes vélostations, et les réseaux express cyclables ont permis cette amélioration. 

Cela ne suffit toutefois pas sachant que Lille reste distante des standards européens. Une association manifeste justement cette insatisfaction. Vélorution Lille un petit collectif basé dans la ville tente de faire comprendre un certain ras-le-bol quant aux risques que représentent toujours la circulation à vélo dans la ville et un besoin d’amélioration pour l’environnement. 

par Jules Piauger

Rouler à Bloc à Douai

Crédit vidéo : Axelle Borszcz

Crédit photos : Arabella Stinton

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