Nouvelle-Calédonie, Le Relais : une réponse novatrice face aux violences conjugales et intrafamiliales

En cette semaine des droits de la femme, le 8 mars, il est intéressant de questionner l’action publique pour prévenir et empêcher toute forme de violence. Les violences conjugales et intrafamiliales touchent une femme sur quatre en Nouvelle-Calédonie. Fanny Coste* est travailleuse sociale au Relais, une proposition riche de sens. Structure sociale et thérapeutique, elle propose des accompagnements personnalisés quant aux violences conjugales et intrafamiliales.

Cette problématique grave conduit bien souvent à la mort des victimes. Le territoire affiche l’indicateur de féminicides le plus élevé de France avec 8,4 faits pour mille habitants (contre 3,1 en métropole) en 2025. Pour Fanny Coste, la gestion publique et territoriale de ces violences doit avoir valeur d’exemple en métropole. 

Prendre conscience du contexte de violence, du risque engendré, et soutenir les victimes pour trouver d’autres solutions, voici tout ce que tente d’appréhender le Relais en tenant compte du prisme de l’individu (âge, milieu social, contexte culturel, milieu de vie, les ressources à disposition).

Part des femmes concernées par les violences conjugales en Nouvelle Calédonie.

Le Relais, des perspectives sur la question du couple et sur la place de chacun par le prisme de l’individu

Le Relais se structure autour de deux pôles : éducatif et thérapeutique. Fanny Coste, en tant que travailleuse sociale, s’assure de l’accueil, de l’écoute, de l’aide et du suivi des personnes auteurs et victimes de violences. L’arrivée dans la structure peut être spontanée, guidée par d’autres travailleurs sociaux, par une obligation de soins, ou une alternative à la poursuite par un stage à responsabilité.

Le pôle éducatif regroupe trois éducateurs sociaux dont la mission est la rencontre des publics, la gestion administrative, les échanges d’équipes et de partenaires, et l’évaluation des actions menées. La première étape pour Fanny Coste, est un travail d’évaluation, d’écoute, et de gestion de l’urgence. Les trois travailleurs sociaux se réunissent ensuite pour proposer à la personne le suivi le plus adapté. L’accompagnement thérapeutique apparaît ainsi dans un second temps. Ce pôle est composé de deux psychologues, une hypnothérapeute, une sophrologue, une art-thérapeute et un juriste. 

Cette démarche en deux temps a pour visée de limiter le danger et ainsi prévenir le risque mortel de notre interlocutrice. Par sa vocation et son expertise sur le territoire, le Relais s’est vu confier les stages à responsabilité. Fanny Coste a plusieurs fois animé ces stages avec un psychologue. Une à deux fois par mois, il regroupe des auteurs de violence. “Si les groupes masculins sont majoritaires, des stages pour les femmes sont aussi organisés de manière régulière” observe-t-elle.  

L’expertise est ici entendue comme une réponse à une problématique sociale. Il s’agit d’une grande cause en Nouvelle-Calédonie depuis plusieurs années. Les connaissances et le savoir-faire du Relais contribuent à la remédiation des problèmes de violences conjugales et intrafamiliales. Ce travail conduit à une réflexion de terrain sur l’impact de la violence dans la famille et par extension dans la société. L’objectif est clair pour Fanny Coste : offrir de nouvelles perspectives sur la question du couple, de la famille, et de la place de chacun. Le résultat visé est celui d’une diminution des récidives, et d’une protection efficace des victimes et co-victimes (les enfants par exemple).

Le relais : une double approche au service de la lutte contre les violences.

Le tribunal judiciaire et le Relais, travailler ensemble pour empêcher la récidive

Par un travail dynamique et stimulant, Fanny Coste et son équipe s’attachent d’aider en simultané les victimes et les auteurs pour leur faire comprendre leurs actes et leurs conséquences. “Accompagner les auteurs pour protéger les potentielles victimes”. 

Pour assurer sa mission de service public, le Relais a développé un partenariat privilégié avec la justice. Les échanges passent essentiellement par le procureur général et son substitut en charge des affaires familiales. Depuis 2021, le service social de la province Sud est en collaboration avec les services de justice. Certains auteurs et victimes peuvent faire l’objet d’un accompagnement spécialisé suite à une condamnation, et/ou d’une orientation médico-sociale. Les stages à responsabilité qu’anime Fanny Coste, sont intégrés dans la condamnation de justice. Eviter la récidive est tout l’enjeu du travail réalisé à Nouméa.

La Nouvelle-Calédonie est un territoire qui requiert une pratique spécialisée, et se construit sur des problématiques propres. Ce maillage partenarial rodé et adapté dans la province Sud, constitue un exemple d’innovation et de créativité dans un contexte d’accompagnement des victimes et des auteurs de violence conjugale. Fanny Coste a quitté le territoire calédonien pour retourner en métropole. Son expérience au Relais permet d’envisager de nouvelles perspectives en métropole. 

 

*prénom modifié pour l’article

Zoom : les enfants, co-victimes des violences conjuguales

Les violences conjugales ont un impact sur toute la famille, et notamment les enfants. Comme l’indique le Grenelle calédonien contre les violences intrafamiliales (bilan de 2019 à 2025), les enfants endurent les conséquences psychologiques, sociales et éducatives du climat violent dans lequel ils grandissent. 

 

En France, selon la fédération nationale des associations socio-judiciaires Citoyens & Justice, 140 000 enfants sont co-victimes de violences conjugales. À travers ce statut, on reconnaît leur exposition à des violences indirectes ou directes telles que des scènes traumatiques, la négligence des besoins émotionnels et psychologiques jusqu’à des agressions physiques, sexuelles, etc. Des situations qui, en conséquence, peuvent entraîner divers troubles émotionnels, du comportement, de l’apprentissage… 

Part des situations de violences conjugales dans lesquelles un enfant est co-victime (selon l’Observatoire des Violences Conjugales de la Fédération Nationale Solidarités Femmes)
Cas de violences indirectes 98%
Cas de violences directes 37%

Même si le statut de co-victime est de plus en plus reconnu en France, certains types de violences ne le sont pas encore. C’est le cas des violences vicariantes, à travers lesquelles l’auteur de violence utilise l’enfant pour faire souffrir l’autre parent. Ici, les enfants sont réifiés et deviennent un instrument de prolongement des violences conjugales, par exemple dans des situations de chantage. 

 

Dans certains pays comme l’Espagne, très en avance sur le sujet, la question des violences conjugales et de leur incidence sur les enfants est très encadrée par la loi. Mais en France, du chemin reste à parcourir, aussi bien dans la reconnaissance des enfants comme co-victimes de ces violences que dans leur protection face à ces situations.

Entre missions de prévention et d'apaisement, le rôle d'une médiatrice familiale

Rédaction de l’article : Arthur Remaury

Réalisation de la vidéo : Salomé Bachimont

Rédaction du zoom : Eva Gelin

Illustrations: Charlotte Michiel

Mise en page : Nathan Queniart

Sur le même sujet