Des marionnettes qui s’agitent pour ouvrir de nouveaux horizons chez les jeunes

Aborder des questions politiques et sociétales avec les collégiens grâce aux marionnettes c’est le but du spectacle Petite Sœur imaginé par Lucien Fradin et Raphaëll Dupuy avec la compagnie La Ponctuelle. Leurs multiples représentations au Grand Bleu à Lille et dans les collèges de la MEL ont suscité de vives réactions auprès du jeune public.

Dans nos souvenirs d’enfance, les marionnettes nous racontaient de jolies histoires fictives qui se terminaient toujours bien sans qu’on se pose réellement de questions. Mais ce n’est pas l’utilité que Lucien Fradin et Raphaëll Dupuy ont donné à ces petits pantins. Le spectacle Petite Sœur met en avant quatre jeunes filles déplacées de leur collège à cause d’inondations, se retrouvant donc dans un nouvel environnement enclin aux conflits de groupes d’origines sociales différentes.

Représentation de la pièce "Petite Soeur" par Raphaëll Dupuy

Ce spectacle, comme tous les précédents, Lucien l’a imaginé en partant « d’histoires vraies » et cette fois-ci c’est sa petite sœur qui l’a aidé en témoignant de ses années collèges et des problèmes auxquels elle, ou d’autres collégiens, peuvent faire face durant ces années : conflits, différences sociales ou encore catastrophes naturelles paralysant les établissements. Cette approche permet aux petits et même aux grands de se retrouver dans les discours proposés.

Proposer d’autres visions du monde

L’intention de Lucien et de Raphaëll est de mettre en avant des problématiques systémiques ainsi que des personnes ou comportements considérés comme en marge mais qui révèlent, en réalité, la diversité nécessaire de notre société. Pour cela, ils promeuvent un « univers queer avec des personnages hors de l’hétéro norme », un sujet dont « on ne parle pas » et qui attise la curiosité des collégiens : « Ils en ont juste entendu parler et ils aiment en savoir plus. »

« Il est important de créer des discours alternatifs »

À travers cet objet enfantin qu’est la marionnette, Lucien aborde donc ces sujets qu’on « entend tout le temps à la télévision, la radio ou dans les livres » en démontrant aux enfants qu’il existe « des contre-discours à ceux des politiques » et qu’on peut même « créer des discours alternatifs ». Les spectacles et l’art en général permettent donc de « proposer d’autres visions du monde ». C’est d’ailleurs l’une des valeurs principales de la compagnie La Ponctuelle qui souhaite continuer d’éveiller la curiosité des enfants.

Un échange sincère avec les enfants

Quand on a entre 10 et 15 ans, on ne comprend pas toujours ces enjeux, alors Lucien essaye de les faire comprendre de manière ludique et adaptée. Un travail pas toujours si facile car il faut « se mettre à leurs [enfants] place » afin de savoir « ce qu’ils peuvent saisir à leur âge ».

Marionnettes représentant les quatre collégiennes face aux inondations

Répondre à toutes les questions, même les plus intimes, des enfants, c’est ce que Lucien et Raphaëll se sont donnés comme mission. Cela passe par un échange d’une heure environ avec les élèves après chaque spectacle. Discuter librement sans programme scolaire, sans discours de professeurs c’est ce que propose la compagnie. Une transmission et un échange toujours agréable qui va dans les deux sens : « C’est génial de rencontrer les collégiens, ils sont passionnés ».

Tess Lossouarn.

Photos par Romane Wacquez.

Portrait

Lucien Fradin, des récits intimes à l’engagement artistique.

Le bouillonnement artistique de Lucien Fradin s’amorce dès le début de ses études de théâtre, à l’Université de Lille, où les oeuvres de Molière et de Shakespeare sont, pour lui, quelque peu soporifiques. Le jeune homme aspire déjà à aborder ce qui est plus personnel, plus libérateur. Alors, dès son Master des Arts de la scène, ses recherches se consacrent au lien entre sexualité et représentations, deux sujets qui lui sont miroir. Au fil du temps, son travail créatif se construit sur la multiplication des sources, sur des enquêtes et sur des témoignages pour créer des récits aux formes multiples. Il part généralement de ses propres histoires intimes pour ensuite vulgariser les pensées politiques et théoriques des minorités sexuelles. Il a notamment créé deux spectacles : Éperlecques (2016) et Wulverdinghe (2019), deux solos autofictifs appelant la communauté queer ainsi que sa famille de naissance. Car oui, Lucien Fradin n’a eu « aucun modèle gay dans sa famille », tous ses proches étant hétérosexuels. C’est grâce à plusieurs rencontres avec des hommes de la communauté queer, qu’il a apprit et qu’il s’est forgé sa propre identité. En 2021, Lucien prend la plume et retrace comment les hommes gays se décrivent, se rencontrent, se désirent et vivent, tout en questionnant les idées reçues. Ce récit donne naissance à son premier livre publié, Portraits détaillés.
À ce jour, Lucien se rend dans plusieurs collèges de la métropole lilloise pour présenter ses spectacles et surtout échanger avec les jeunes, offrant un espace de parole et d’apprentissage, essentiel pour ceux sans cadre familial à l’écoute.

 

Adèle Carpentier.

« Petite Soeur »: les enfants ont leur mot à dire

Vidéo par Eva Jonval

Mise en page par Lily Oeuvrard.

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