A quelques semaines de Noël, les familles s’activent pour trouver les derniers cadeaux à mettre sous le sapin. En plein centre de Lille, à la sortie du magasin de jouets « King Jouet », dans la galerie bondée des Tanneurs, des étudiants s’activent à emballer des cadeaux pour venir en aide à leur association. Quelques mètres plus loin, même spectacle mais cette fois-ci devant l’enseigne la « Fnac ».
Les jeunes sont souvent perçus comme désengagés, laissant croire que les associations ne comptent plus que sur des membres plus âgés. Pourtant, cette distance ne reflète pas forcément un manque de volonté, mais plutôt des freins qui les empêchent de s’investir pleinement. « Si les jeunes ne s’engagent pas c’est par question de temps et de volonté » relatent les étudiantes de Schola Africa, l’association présente à la sortie de la Fnac, affiliée à l’EDHEC.
Entre deux emballages de cadeaux dans la galerie des Tanneurs, où l’esprit de Noël règne, Émilie, présidente de l’association Music All et étudiante en master à l’école de commerce également, raconte : « Je consacre 70% de mon temps à l’asso, avant j’étais en prépa je n’avais pas le temps de m’engager ». A l’EDHEC, la vie sociale tourne autour de son adhésion à une association étudiante, mais certains jeunes, comme Émilie, ne s’investissent pas nécessairement en dehors de ce cadre.
S’engager, un investissement de son temps personnel
Certaines écoles, comme l’EDHEC, aménagent les emplois du temps pour laisser aux étudiants la possibilité de s’investir dans des associations. C’est grâce à cette flexibilité que l’opération papier cadeau, qui nécessite une présence tous les après-midi depuis début novembre, devient possible. Au contraire, dans des filières comme les Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE), les étudiants, qui ont des semaines à environ 40 heures de cours, sont beaucoup moins engagés par manque de temps. La peur de la surcharge de travail représente une entrave chez les jeunes, souvent en études. Une preuve que l’engagement dépend aussi des conditions qui leur sont offertes.
Beaucoup ne veulent pas intégrer une association car ils ne sont pas certains de respecter leur engagement, « les missions ponctuelles comme les maraudes peuvent intéresser les jeunes car si on est libre une soirée, on peut décider de se lancer dans le projet, mais si on sait que c’est tous les soirs, c’est plus compliqué » précisent les 2 étudiantes de Schola Africa. Contacté, le président de Thémisia, une association de l’Université Catholique de Lille, explique : “ les maraudes chez nous affichent complet que ce soit le samedi matin à 9h15 ou sur notre créneau du dimanche à 8h15. Les membres s’y sentent utiles, font de nouvelles rencontres, voient les copains, sortent de leur zone de confort et développent des compétences sociales précieuses. Et récemment, en pleine semaine de révisions d’examens, des membres en classe prépa m’ont demandé de s’inscrire pour décompresser un peu. Ils savent que le prix à payer est le temps, mais que l’expérience humaine en vaut, de très loin, la peine.”
Un apport personnel ainsi que pour l’association
Les deux étudiantes qui s’occupent de l’opération à la Fnac se sont déjà, quant à elles, engagées dans une autre association, une à la Banque alimentaire et l’autre dans une association qui lutte contre le cancer des enfants. « A la banque alimentaire il y avait beaucoup de retraités, alors une petite jeune qui venait aider les rendait super contents » exprime la vice-présidente de Schola Africa. L’intégration de jeunes peut apporter du dynamisme et de la nouveauté dans des associations où les bénévoles sont souvent présents depuis plusieurs années ; cela contribue aussi à renforcer le lien intergénérationnel : « Ils en apprennent de nous et moi j’en ai appris beaucoup d’eux aussi car ils ont plus d’expérience dans l’asso mais aussi dans la vie en soi. Il n’y a pas ce sentiment des plus anciens qui dénigrent les jeunes ».
S’il y a moins de jeunes dans les associations, c’est souvent par manque d’information. Ils ne connaissent pas ces structures et ne pensent pas forcément à se renseigner, «il faut faire beaucoup de com » nous explique la vice-présidente de Schola Africa. En effet, entre les stories Instagram, les kakémonos et les flyers qui circulent, l’association se repère immédiatement, même de loin. Une présence qui attire et qui intrigue.
D’autres s’engagent juste par soumission au conformisme : « s’il y a plein de jeunes déjà dans l’asso, ça peut inciter les autres à la rejoindre » expliquent les étudiantes. À l’inverse, l’absence de jeunes dans une association peut décourager d’autres jeunes de s’y investir. C’est ce qu’on appelle le “comportement moutonnier”. C’est la tendance à imiter automatiquement les actions ou les décisions d’un groupe, sans réflexion individuelle. Souvent inconscient, ce comportement s’explique par un besoin de conformité, par une recherche de sécurité dans la majorité.
S’engager, c’est pourtant une façon de se former soi-même à différents enjeux : savoir prendre des responsabilités, savoir encadrer un groupe ou encore nouer des liens. « C’est que du bonus » s’exclament les 2 étudiantes.
Zoé Batard
Photos : Lily Bô
Edito : Tout déballer pour Noël.
En octobre dernier, la Gen Z enflammait le monde entier, du Népal au Maroc en passant par Madagascar. Une façon de rappeler que la jeunesse a toujours son mot à dire. Mais en France, à l’approche des fêtes, où en sommes nous ?
La jeunesse n’emmerde visiblement plus le Front National, le déni de démocratie des macronistes préoccupe moins que le dernier Spotify Wrapped et les géants de la vente en ligne se remplissent les poches entre un Black Friday post-COP 30 et un Noël placé sous le signe du «souris, consomme ou ferme ta gueule». Si ça pète le mois prochain, ce sera assurément le bouchon du champagne.
Alors que faire pour les jeunes ? Délaisser Noël ? Non. Le monde désolant et creux dans lequel on vit a bien besoin d’un peu de magie. Il faut cependant envisager les choses différemment. Faire comprendre aux enfants que les lutins du père Noël existent réellement, que c’est le travail de quelqu’un qui est recouvert sous cet emballage qu’ils déchiquettent. Puis que ce quelqu’un est un travailleur sur-exploité qui ne se goinfre sûrement pas pour Noël, lui. Que partager sera toujours mieux que consommer. On nous dit que le changement viendra de la jeunesse, qu’elle façonnera le monde de demain. Encore faut-il que l’exploitation capitaliste, les injustices climatiques et sociales, la montée du fascisme et l’horreur de la haine ne soient plus recouvertes de rubans et de paillettes. La jeunesse ne s’engagera réellement que lorsqu’elle aura tout déballé. Pour Noël, on pourra alors espérer qu’elle se soulève contre ce système qui la maintient dans l’ignorance.
Robin Hemery
Interview de Enzo Philippot réalisée par Alexandre Van Asshe :