La restauration, un domaine qui se digère mieux en SCOP

Comment sortir la tête de l’eau quand on surnage pour finir le mois ? Au sein des bars et cafés, les CDD ou autres contrats précaires font couler les ambitions professionnelles des travailleurs. Précarité économique d’une part et inégale représentativité de l’autre, comment agir quand on n’a pas son mot à dire face à la hiérarchie ? Redéfinir le squelette des bars ou cafés en remettant le salarié au centre apparaît comme une solution durable et équitable. Voici l’objectif du fonctionnement en tant que SCOP (Société Coopérative et Participative), représenté dans le nord par l’URSCOP.

Un « milieu toxique » mélangé à une « communication brouillée » et assaisonné de « contrats instables », Clara Vincent, ancienne serveuse à Nantes, sert le constat d’un secteur qui n’est pas un modèle de pérennité pour le salarié. Face à ces défis, une solution réside dans la force de la coopération. Devant le siège des SCOP en Hauts-de-France, l’inscription « résister c’est créer » incarne cette ambition portée par Léa Chaffiol, responsable communication de la structure. La stratégie s’articule autour de la puissance du modèle coopératif : accompagner les entreprises et leurs salarié.es dans la durée, mutualiser les ressources pour contrer la précarité dans les bars et cafés pour instaurer une gouvernance démocratique.

 

Coopérer pour décider ensemble

C’est bien là où le « C » dans SCOP prend tout son sens. Un fonctionnement « Coopératif » garantit une meilleure représentativité entre les salarié.es et les dirigeant.es. Léa Chaffiol estime que cela évite d’avoir « un patron dans sa tour d’ivoire qui va décider pour tous ». S’écarter d’une vision verticale de la hiérarchie permet d’avoir une gouvernance partagée et bien plus équitable. Les salarié.es occupent une place réellement significative dans des prises de décisions qui les concernent directement et cela s’illustre dans le fait que « les grandes décisions sont, elles, votées en Assemblée générale », selon Léa Chaffiol.

Pour Clara, son restaurant est un cas isolé. Le fait d’avoir une « conscientisation que le métier n’est pas simple » par sa patronne est déjà une forme de considération plus grande que dans la plupart des bars ou cafés. Les SCOP entraînent donc une remise en question de l’importance du salarié en tant que personne pour favoriser une carrière durable. Léa Chaffiol l’assure : « On va beaucoup plus considérer le salarié. Ça va pas être juste un outil de travail qu’on utilise au service, mais vraiment un être humain qu’on considère. ».

La précarité de l’emploi redoutée par les salarié.es

Plongée dans l’univers de la restauration pendant près de deux ans, Clara Vincent rend compte des difficultés du métier. Malgré de bonnes qualités de travail dans son restaurant, elle admet que le secteur demeure précaire économiquement si on n’arrive pas à basculer en CDI : « Si on m’avait gardée en CDD je serais restée pour un job alimentaire mais pas sur le long terme. » Aujourd’hui, elle en est sortie et se rend compte de la chance qu’elle avait en étant en CDI. Elle admet qu’elle « ne retentera pas l’expérience tout de suite dans d’autres restaurants » au vu des retours très pessimistes de sa patronne sur le secteur. 

Les alternatives durables sont encore en marge dans un métier ou le salarié a constamment la tête sous l’eau. Pour les principaux concernés comme Clara, le statut de SCOP est méconnu. Pourtant, sur le plan économique, il amène à une répartition équitable des bénéfices entre salariés et dirigeants. La pérennité de l’emploi passe aussi par le rôle d’associé que chaque salarié occupe au sein de son entreprise. Léa Chaffiol parle d’une « double casquette salarié-associé » qui rattache le salarié au « projet coopératif » de son entreprise et lui donne un intérêt à rester dans l’équipe. Finalement, c’est en remettant au centre cet aspect humain du travail que les SCOP participent à la revalorisation d’un domaine de la restauration complexe et trop souvent appréhendé.

 

Emilien Senegas

“Entreprise sociale” : un oxymore ?

La notion d’entreprise sociale a émergé aux Etats-Unis dans les années 90, et s’est popularisée avec la création en 1993 de la Social Enterprise Initiative, par l’Université d’Harvard. 

Concilier efficacité économique et souci de la dimension sociale de l’activité d’une entreprise semble, par définition, incompatible. C’est pourtant bien ce que font ces entreprises sociales, notamment au sein du secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS). Leur objectif ? Reverser une grande partie des profits dans l’aide sociale, plutôt qu’aux actionnaires et propriétaires des entreprises traditionnelles. 

Qu’est-ce qui différencie une entreprise sociale d’une association ? 
Au contraire d’une association, une entreprise sociale fonctionne bien comme une entreprise classique sur le plan économique, avec la vente de biens et de services. De plus, pas de bénévolat, puisqu’elles fonctionnent selon le modèle du salariat. Mais une fois les frais de fonctionnement couverts et les salariés payés, l’argent restant peut servir à financer des causes sociales.

Si un tel modèle peut se pérenniser, c’est grâce à un financement diversifié : au-delà des bénéfices générés par l’activité directe de l’entreprise, ces entreprises jouent également sur le partenariat, le mécénat, ou encore les subventions (aide aux entreprises de l’ESS, aide au développement par l’innovation sociale). Enfin, les valeurs de solidarité véhiculées par ces entreprises leur confèrent un certain succès d’estime auprès d’une partie de la clientèle.

Revendiquer un modèle différent

La Ruche qui dit Oui ! est une entreprise solidaire : elle soutient les producteurs locaux via la vente de leurs produits alimentaires en circuit court, sur leur plateforme numérique. “La juste rémunération du travail, c’est la base de notre impact social”, met en avant la plateforme, qui reverse directement au producteur 80% de ses ventes. Créée en 2010, La Ruche qui dit Oui ! est encore en activité. Aujourd’hui implantée partout en France, son mode de fonctionnement, parfaitement en phase avec les enjeux contemporains, fait réellement sens.

Certaines entreprises solidaires, certes très minoritaires, parviennent donc à survivre dans la jungle du marché. Le message est fort : à l’heure où de nombreuses entreprises exploitent les travailleurs, adultes comme enfants, et malmènent notre planète, les entreprises solidaires bousculent les dogmes. A travers une vision plus humaine de l’entreprise, elles nous montrent que l’argent n’est pas la seule manière de s’enrichir.

Corentin Sicard

Zoé Lombaert

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