La cloche sonne-t-elle le glas de la précarité lilloise ?

 

La précarité, les sans-abris, malheureusement ça n’est pas nouveau. De même pour les moyens afin de lutter contre, qui se font par des collectes d’une poignée de personnes déterminées essayant de compenser pour le reste de la population. L’une des alternatives à ce problème systémique peut se trouver grâce à La Cloche. Il s’agit d’une association basée de manière homogène en France. Grâce à son programme Le Carillon créé en 2016 visant à faire participer le plus grand nombre à la résolution du problème et ce par un fonctionnement par quartier

 

Le Carillon, c’est un réseau de commerces qui œuvrent pour aider les personnes en forte précarité par des petites actions au quotidien. La boulangerie Brood fait partie de cette initiative. Pour s’y rendre, il faut sortir à la station de Wazemmes, marcher le long de quelques rues accidentées parfois habitées par des personnes qui, assises sur des pérons, font l’aumône, témoignant d’un réel besoin de changement. On arrive a un petit comptoir; une vitre dans le mur nichée entre deux établissements. Il faut connaître. 

Un concept répandus qui mérite un coup d’œil

Dans cette boulangerie, le pain peut être acheté par les clients pour 2€ et laissé à disposition pour des personnes dans le besoin, les concernés en sont informés grâce à des tickets mis en évidence sur le comptoir. L’établissement va plus loin en offrant de leur poche le pain si jamais un client désireux de donner n’est pas encore passé. La pratique se répand à travers le pavé lillois et aux alentours. Aujourd’hui, une centaine de commerces proposent ce genre de service dans la métropole lilloise avec tantôt du pain, un repas, un café, simplement un verre d’eau mais surtout un petit réconfort permis par des clients généreux.

On pourrait en revanche arguer, qu’un certain manque de visibilité se fait pesant. Les personnes bénéficiaires de l’action de la boulangerie Brood sont 5-6 réguliers, de même pour les clients prêts à faire un geste si ce n’est moins, informent les co-gérants de l’établissement. 

Boulangerie Brood, Arabella Stinton

La Force d’une association fonctionnant en réseau

Mais là où beaucoup voient une limite, d’autres voient une opportunité. Comme évoqué, les nouveaux clients sont rares, il faut dire comme le dit si bien Sarah Cnudde, co-gérante, qu’une boulangerie de quartier, ça n’est pas fait pour attirer de nouvelles foules. Elle développe :  « C’est des clients qu’on a depuis hyper longtemps […] c’est vraiment les gens du quartier, on a lié un truc avec eux. » D’un côté, ce nombre de bénéficiaires réduit permet donc une réelle proximité entre les commerçants et les sans-abris. « On n’est pas devenues copains mais bon…on connaît leur prénoms, on leur demande comment ça va », confie Sarah Cnudde. Un soutien moral s’ajoute au soutien alimentaire.

Aspect moral qui fait souvent défaut aux systèmes d’aides solidaires traditionnelles devenues presque machinales. Elle ajoute qu’au départ, les personnes nécessitant ce service ressentaient une certaine gêne, mais le système permet une habitude qui peu à peu supprime cette triste honte. La commerçante indique que le programme du Carillon permet de retrouver un semblant de vie normale avec un geste tout simple, celui « d’aller chercher le pain« .

D’un autre côté, comme mentionné précédemment, Le Carillon fonctionne avec un réseau de commerçants. Ainsi, chaque quartier est, en quelque sorte, dédié à des sans-abris en particulier. Cela permet un meilleur accompagnement et évite la surcharge d’un seul établissement. Ce système permet donc de réfléchir à de nouvelles solutions durables pour changer l’accompagnement des personnes en forte précarité.

Extérieur boulangerie Brood, Arabella Stinton

Identifier une bonne cause

Dès le départ en 2020, Sarah Cnudde et Louis Devos souhaitaient avec Brood créer un aménagement social dans leur commerce; un premier système est mis en œuvre. Mais l’entreprise est difficilement repérée par les personnes dans le besoin. C’est alors qu’ils sont approchés par l’association de La Cloche. Une communication est ainsi faite à l’aide de livrets mis à disposition dans les autres commerces partenaires, et un autocollant visible sur la devanture prévient les passants de l’action qui est menée. Il apparaît donc que les commerces, qui sont en nombre, sont prêts à faire des aménagements particuliers et particulièrement nécessaires. Le tout améliorer la situation des personnes en forte précarité. Reste désormais à savoir si le consommateur sera aussi déterminé dans cette prise de conscience qui se veut et se doit d’être collective. 

 

Jules PIAUGER

Zoom sur...

Les missions solidaires

En 2026, plus de 3 000 personnes sont sans domicile dans la métropole de Lille. Ces personnes sont non seulement en situation de très forte précarité mais elles sont aussi exclues. De ce fait, de nombreuses associations œuvrent pour leur venir en aide, notamment à travers la plateforme publique du bénévolat JeVeuxAider.gouv.fr. Par ce site, plusieurs associations proposent différentes missions solidaires de tous types comme l’aide aux plus démunis. Ces missions peuvent se dérouler en personne; des maraudes sont organisées à différentes fréquences, ou alors à distance avec des collectes de produits d’hygiène ou alimentaires.

Parmi les associations qui passent par cette plateforme, il y a l’association Entourage Hauts-de-France. Elle propose des missions pour aider les personnes isolées, c’est-à-dire les personnes âgées, en situation de handicap ou en situation d’exclusion, dans les Hauts-de-France et plus principalement à Lille. En participant à des maraudes dans la ville, les bénévoles cherchent à créer du lien social avec des personnes sans-abri et à leur apporter de la chaleur humaine. Le but de ces rencontres est de discuter et de faire connaissance avec elles. Pour s’y inscrire, il suffit simplement d’être majeur; aucune expérience ni aucun diplôme n’est requis. Cela ne coûte rien, si ce n’est qu’un peu de temps et d’engagement. 

Ainsi, ces actions de bénévolat permettent non seulement d’apporter une aide concrète aux personnes sans-abri, mais aussi de lutter contre l’isolement et de renforcer la solidarité entre les habitants du territoire.

Axelle BORSZCZ

L'isolement, une cause de la précarité en France

Vidéo: Ida DELPORTE

Photos: Arabella STINTON

Mise en page: Axelle BORSZCZ

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