Les violences policières décryptées dans le cadre de CitéPhilo

by Etudiants de l'Académie
Depuis quelques semaines se tiennent des conférences, organisées dans le cadre de l’événement CitéPhilo, dont le but est de diffuser des réflexions philosophiques. C’est à la médiathèque Jean Lévy que Le Châtillon a rencontré Olivier Fillieule et Fabien Jobard, deux sociologues directeurs de recherches au CNRS qui se sont penchés sur la question des violences policières. Dans un ouvrage coécrit, ils reviennent sur les constats qu’ils ont fait au cours de leurs recherches, appelant à des réponses évidentes, pour autant pas forcément appliquées.
George Floyd, Cédric Chouviat, Breonna Taylor, Daunte Wright ou encore Jérôme Laronze ne se connaissait pas. Pourtant, ils ont tous été victimes du même phénomène : les violences policières. Loin d’être inédites, la hausse de leur médiatisation via l’essor des réseaux sociaux a fait de ce problème l’un des principaux auxquels la société actuelle doit se confronter. En France et partout ailleurs, les cas d’usage abusifs de la force policière se comptent par centaines. Olivier Fillieule et Fabien Jobard, spécialistes des milieux policiers se sont donné pour objectif d’analyser le durcissement de ces interpellations à partir des années 2010 dans leur ouvrage Politiques du désordre, la police des manifestations en France, afin de discerner les facteurs structurants du rapport police / État.

Des conditions de travail policier dégradées

Olivier Fillieule l’affirme, « les rapports de force se brutalisent ». Propos racistes, passage à tabac, décès, les interpellations à caractère violent se multiplient, sans réelle réaction de la part des pouvoirs publics. Pour expliquer l’existence de ce
phénomène, les auteurs évoquent la dérive du concept de « désordre acceptable » au sein de notre société. Cette notion
fait partie du droit français, et renvoie à la place qu’un rapport de force permet de libérer au sein de nos sociétés, entre ce que les gens, la police, les médias, les pouvoirs publics sont prêts à accepter, ou pas. C’est en somme un «
instrument
de régulation de la société
», explique Fabien Jobard. 

Si cette violence dite légitime est tolérée dans un but de pacification sociale, les abus faits de son usage par les forces de police relèvent, selon les auteurs, des politiques néo-libérales mises en place. Celles-ci ont causé une diminution des moyens alloués au maintien de l’ordre, occasionnant une baisse des effectifs policiers, et de la qualité de leurs conditions de travail ainsi que de leur rémunération. « L’absence de moyen humains favorise l’usage nouveau de moyens techniques à l’image des flashball, des drones, etc. », explique Olivier Fillieule, auxquels s’ajoutent un fractionnement et une nouvelle composition des unités, aboutissant sur davantage de violence.

Des solutions évidentes péniblement appliquées

De ces observations se dégage un constat : la soumission grandissante des pouvoirs politiques contemporains à leurs corps de police. Si ceux-ci semblent finalement commencer à prendre conscience du phénomène, des mesures restent à appliquer. D’après les sociologues, la baisse des moyens accordés aux forces de l’ordre représenterait une contrainte poussant le corps policier à avoir recours à ces pratiques abusives. Octroyer un plus grand budget à la police pour lui permettre de meilleures conditions de travail, et réduire ainsi le taux de violence, semble donc être l’une des premières solutions à apporter à ce problème. Mais l’argent ne peut panser tous les maux. Amnesty International appelle à des réformes « transparentes et systémiques des pratiques policières ». La pratique du plaquage ventral, ayant notamment causé le décès de Cédric Chouviat en janvier 2020, est encore autorisée sous certaines conditions. Une révision des pratiques autorisées s’impose donc. Plus encore, l’élaboration de formations approfondies permettrait d’inculquer aux futurs policiers une meilleure compréhension des réactions à adopter en cas d’interpellation, ainsi que de leurs droits et devoirs lorsqu’ils sont en service. Effectivement, Valentin Gendrot – journaliste auteur du livre Flics – explique que la formation pour exercer le métier de policier ne dure que quelques mois en France. Le module censé les sensibiliser aux violences conjugales par exemple, est enseigné en fin de formation, lors d’une session de seulement deux heures. Face à cela, un groupe de chercheurs américains suggère la mise en place d’une formation qui mettrait l’accent sur le développement des compétences d’interaction sociale des policiers. Ils proposent une formation enseignant l’usage de la force uniquement en cas de dernier recours. Pour y parvenir, une attention particulière serait accordée à l’importance du respect et de l’écoute, ainsi que du contrôle de soi. Pour ce faire, chaque policier suivrait une heure de formation toutes les deux semaines pendant trois à six mois.
L’ONG Amnesty International demande également la « mise en place d’un organe d’enquête indépendant et impartial sur les allégations de violences policières et de discriminations ». En effet, les enquêtes incriminants des officiers de police pour violences policières sont réalisées majoritairement en interne, favorisant l’impunité policière. Valentin Gendrot décrit cela dans le livre Flic qu’il a écrit après avoir infiltré les forces de l’ordre pendant plus d’un an. La camaraderie présente dans le corps policier favorisant l’impunité de ceux qui abusent de leur pouvoir. Une plus grande transparence de la police, à travers le partage de données internes à leurs services, permettrait d’instaurer une nouvelle confiance en cette institution. Enfin, la médiatisation de ces faits est également primordiale. Elle peut s’effectuer au travers des réseaux sociaux, de la presse – ce sont principalement les médias indépendants qui couvrent ces événements aujourd’hui. La littérature permet elle aussi de mettre en lumière ces faits – comme c’est le cas avec Flic ou encore avec l’ouvrage de Olivier Fillieule et Fabien Jobard – ainsi que les conférences, à l’image de celles organisées par CitéPhilo, qui permettent une vulgarisation du sujet nécessaire pour faire évoluer les consciences.

Maelys Michel-Bannier

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L'interpellation policière

Quand on entend parler de violences policières, on voit régulièrement des scènes d’interpellation d’une violence extrême provoquée par l’utilisation de méthodes aujourd’hui souvent interdites. Il existe pourtant d’autres manières d’interpeller quelqu’un. Sébastien* (prénom modifié), policier en région parisienne, nous explique comment procéder à une bonne interpellation.

La première étape, d’après Sébastien,est de faire signe à la personne pour lui montrer son intention de l’interpeller. Le policier doit ensuite lui expliquer la raison de l’intervention et procède, dans le cas d’un délit, à une arrestation. Dans le cas où la personne n’obéit pas aux forces de l’ordre, Sébastien nous dit que le policier ne doit utiliser la force qu’en cas de réelle nécessité et de manière systématiquement proportionnelle à la force exercée en face.

Dans une situation où la personne interpellée se débat violemment, Sébastien explique que le policier doit d’abord la rassurer et lui expliquer chaque étape de ce qu’il fait. Les méthodes les plus courantes dans ces cas-là sont le plaquage au sol ou les clés de bras. Elles permettent d’immobiliser la personne et de pouvoir lui mettre rapidement les menottes. Sébastien explique également que les forces de l’ordre interviennent souvent en groupe pour garder le contrôle de la situation et assurer la sécurité des personnes interpellées et des forces de l’ordre.

Si on prend l’exemple d’une fuite au volant, le policier doit avant tout s’assurer que la poursuite du véhicule n’implique pas de mettre en danger qui que ce soit. Si ce n’est pas le cas, le policier se contente des informations qu’il a pu obtenir, telle que la plaque d’immatriculation du véhicule et arrête la poursuite.

Julie Prevost

Témoignage sur les violences policières

Vidéo d’Eliot Simon

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