Aux Maguettes, on ne se laisse jamais ni tondre, ni défricher

Au jardin des Maguettes, l’un des plus anciens jardins partagés de Lille, des membres des AJOnc (L’Association des Jardins communautaires ouverts et néanmoins clôturés) et des enfants du quartier se retrouvent régulièrement. Ici, l’écologie ne passe pas seulement par les actions militantes mais, principalement, par la convivialité. Elle s’exprime via les événements culturels organisés et les émotions qu’ils procurent.

La Fête des Lumières de ce 7 décembre en est un parfait exemple. Cet après-midi-là, malgré le temps pluvieux, une dizaine d’habitants du quartier se retrouvent autour d’une table éclairée de bougies. Enfants du quartier ou adhérents aux AJOnc, ici tout le monde a quelque chose à partager. Pas de grand discours sur le climat ou la biodiversité. On imagine mille façons de réinventer le jardin autour d’un bon verre de vin chaud.

Et les événements culturels aux AJOnc, ce n’est vraiment pas ce qu’il manque ! Petits et grands trouvent chaussures à leur pied. L’écologie des Maguettes passe, notamment, par les histoires. Lorsque Leslie entame la lecture des Contes de la Rue Broca à un jeune garçon, les adultes l’écoutent dans un silence quasi religieux. Les parents et grands-parents, connaissant l’histoire, rient à l’évocation du géant aux chaussettes rouges.

Les géants, il s’agit apparemment d’un thème récurrent pour les AJOnc. Lamia, la dame aux chats du jardin, nous informe qu’une seconde fête des Lumières est prévue au Jardin Naturel du Pré Muché. Quelle fut notre surprise de voir qu’un concert intitulé Un géant m’a dit était prévu à l’agenda. Car au sein de ces jardins communautaires, il semble que les participants partagent un don pour la musique. Le trio « En attendant Frède », le troisième membre manquant à l’appel depuis sa création, jouait ce soir-là. Cornemuse, accordéon, la musique folklorique fait vibrer le jardin.Le patois nordiste trouve aussi sa place jusque dans le nom même des “Maguettes”. Cette appellation désigne “les petites chèvres” de la contrée. Elle est généralement utilisée de manière affectueuse, représentant l’état d’esprit de ce lieu. Ici, les cultures se mélangent et les liens intergénérationnels perdurent.

Un participant aux rassemblements des Maguettes
Un participant aux rassemblements des Maguettes, photo Maxence Oudotte
Les compostes du jardin des Maguettes du réseau AJONC, photo Maxence Oudotte
Les compostes du jardin des Maguettes du réseau AJONC, photo Maxence Oudotte

Cette transmission culturelle reste inséparable d’une écologie pratique. En ces lieux, il est possible de participer à différents chantiers comme la fabrication de confitures à l’ancienne au chaudron de Seclin. Des récoltes de fruits peuvent parfois être envisagées quand les enfants des quartiers ne s’amusent pas à chaparder les fruits verts. Laurent ne serait pas dérangé par cette pratique s’il s’agissait de fruits mûrs mais s’inquiète sur de possibles « indigestions ». À côté de ces plantations se tient un compost, indissociable des pratiques respectueuses de la nature. Néanmoins, quand le pain en déborde, il attire les rats. Laurent souhaite installer un panneau mais « cela irait en contradiction avec les règles des AJOnc ».

Le jardin a beau fonctionner dans une quasi totale autonomie, la charte des AJOnc s’impose aux jardins participants. Et mieux vaut la respecter pour inscrire les événements culturels à l’agenda de l’association. Contrairement aux paroles de la chanson de Childish Gambino « Air that kill the bees that we depend upon » (Un air qui tue les abeilles dont nous dépendons.), les AJOnc renouent avec la nature. Ils offrent une bouffée d’oxygène à ces insectes. Par la même occasion, à l’être humain. Quand un arbre est abattu, les habitants refusent de laisser un vide. Ils imaginent une serre miniature et une banquette qui servira, peut-être un jour, à conter de nouvelles histoires. Car, aux Maguettes, on ne se laisse ni abattre, ni déraciner et ni même défricher.

Maud Bernard

Edito : Regarder les papillons, un enjeu politique et de santé publique !

Sentir l’odeur des premières fleurs, manger un radis que l’on a cultivé soi-même, observer un oiseau, chercher des graines… Ces expériences relèvent de la contemplation, de la poésie… Mais aussi de la politique. Parqués dans de vieux immeubles, entre deux bretelles d’autoroute ou au cœur de rues étouffantes, un grand nombre de nos concitoyens sont privés du vent filtré par les feuilles. Ce n’est pas un luxe !

En ville l’accès à un espace vert est un enjeu d’une importance insoupçonnée, les conclusions d’une enquête de Santé Publique France sont éclairantes à ce sujet. Si tous les secteurs de la MEL avaient autant d’espace verts que le plus privilégié d’entre eux en la matière, 358 décès seraient évités chaque année, soit 4,2 % de la mortalité de la métropole. En cause la mauvaise qualité de l’air, responsable entre autres de nombreux cancer des poumons, les ilots de chaleur, véritables fournaises les jours de canicule, et le bruit. Tous sont atténués par la présence d’espaces verts. Les études sont formelles, Lille est une des grandes villes françaises qui en compte le moins.

Cependant en zoomant pour observer leur répartition, on observe une inégalité entre les quartiers du nord de la ville, profitant des grands espaces de la citadelle, et ceux plus populaires du sud qui se partagent quelques squares. Le manque d’espaces verts fait partie de ces choses du quotidien qui rendent la vie et la mort des classes populaires indignes, tant pour des raisons de santé publique qu’au nom du droit à avoir une expérience de la nature, l’enjeu de la végétalisation va certainement continuer de s’imposer comme incontournable.

Jules Lanoe
Vidéo : Sasha Gilbert

Sur le même sujet