Sortir du tourbillon de l’exploitation sexuelle des mineurs

Depuis avril 2023, Justine, coordinatrice du service AdoSexo en Bretagne, mène à sa façon la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs. Jeudi 26 février, à la Péniche de l’ARASS (Association pour la Réalisation d’Actions Sociales Spécialisées), elle a réuni huit adolescents accompagnés en protection de l’enfance pour un atelier ciné-débat, une approche moins formelle que les rendez-vous habituels.

Justine Bouvet, coordinatrice ADOSEXO Bretagne ©Maé-Lou Cariou

Jeudi soir, 18h, huit enfants, trois adultes, des pizzas et un film. On pourrait croire à une soirée entre amis. Pourtant, ce soir Justine, coordinatrice AdoSexo de Bretagne, Marine, psychologue et Séverine, infirmière organisent ensemble un atelier ciné-débat avec huit jeunes filles et garçons âgés de 13 à 16 ans. Tous sont accompagnés dans le cadre de la protection de l’enfance et suivis par l’ARASS. 

 

Elle est présente, notamment au travers des temps d’échanges. Si tous les enfants présents ne sont pas directement concernés par l’exploitation sexuelle des mineurs, Justine sait que les violences qu’ils ont pu subir peuvent les rendre plus vulnérables face à ce risque. Elle a plusieurs cordes à son arc pour rencontrer et accompagner les jeunes. Mais ce soir, place à l’atelier ciné débat. Son approche bien à elle, ludique et légère, renforce l’estime de l’enfant et leur montre qu’une autre vision de la vie est possible. 

 

 

Les lumières s’éteignent et tous les yeux sont rivés sur le projecteur. L’atelier à lieu à la Péniche, devant la Vilaine, où sont regroupés quatre services de l’ARASS. C’est un lieu que chaque jeune connaît car des activités y sont proposées régulièrement. Au programme : Je verrai toujours vos visages. Pendant le visionnage, une phrase choc : « Pourquoi moi ?« . Clara, une des jeunes filles, sort en pleurant. Justine en profite alors pour glisser un débat sur l’injustice ressentie lorsque l’on est victime. Sujet qui peut concerner chaque enfant présent puisqu’ils ont presque tous subi des violences (sexuelles ou non). Un simple film permet ici d’entamer une véritable réflexion sur les positionnements individuels des jeunes adolescents présents et de partager leurs différentes expériences. 

 

Après cette petite pause, le film est relancé. Ce n’est qu’à la fin de l’œuvre qu’ils revisionnent différentes scènes choisies en amont par Justine, afin de créer certains débats orientés. Le tout en mangeant évidemment les pizzas maison, concoctées tous ensemble sur des poufs de différentes couleurs.  

21h, il est déjà l’heure de mettre fin à cet atelier. Justine raccompagne chaque jeune dans son foyer ou maison, selon sa situation. Elle sait que son travail se fait sur la durée, ces moments ne sont que des pièces qui lui serviront, pas à pas, à reconstituer le “puzzle” du tourbillon où les enfants se trouvent.  

 

Ado sexo, c’est quoi ? 

 

En raison de la hausse des chiffres, un dispositif national a été développé par l’ACPE (Association Agir Contre la Prostitution des Enfants et les violences sexuelles). Suite à cela, le service Ado Sexo, dont fait partie Justine, s’est déployé dès avril 2023 en Bretagne par l’ARASS afin d’aborder la question de la prostitution des adolescents et les conduites à risque pré-prostitutionelle.

Par: Maé-Lou Cariou

Zoom: 3 chiffres, 1 numéro : le 119

Depuis 1997, le 119 est le numéro national d’urgence dédié à la prévention et à la protection des enfants en danger ou susceptible de l’être. Aussi appelé Allô Enfance en Danger, ce numéro est gratuit et accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Ce service s’adresse à tous : enfants, parents, proches, professionnels ou simples témoins inquiets pour la sécurité ou le bien-être d’un mineur. Chacun peut signaler des situations de maltraitance physique ou psychologique, de négligence, de violences sexuelles, de harcèlement ou toute autre situation préoccupante. 

Les appels sont reçus par des professionnels formés, tels que des psychologues et des travailleurs sociaux, qui écoutent, conseillent et évaluent la gravité de la situation. Lorsque cela est nécessaire, les informations préoccupantes concernant ces enfants sont transmises aux services départementaux compétents en la matière comme les cellules de recueil des informations préoccupantes (CRIP) afin de mettre en place des mesures d’aide ou de protection adaptées. Ce numéro constitue ainsi un outil essentiel de prévention et de lutte contre les violences faites aux mineurs, rappelant que chacun peut agir pour protéger un enfant en danger.

Il y a 2 ans, le 119 a lancé son podcast sur l’enfance en danger. Intitulé “À l’écoute, le podcast du 119”, il vise à donner des clés de compréhension sur ce sujet complexe qui touche plusieurs milliers de mineurs en France mais aussi à aider n’importe qui à agir en donnant directement la parole à des professionnels au plus près du terrain. La première rubrique concernée est la prostitution de mineurs. Dans chaque épisode, des professionnels spécialisés – chercheurs, travailleurs sociaux, psychologues, responsables de dispositifs d’aide ou représentants d’associations – sont invités à expliquer les réalités du terrain, les facteurs de risque, les signaux d’alerte et les moyens d’agir ou de protéger les enfants concernés.

Par: Pauline Bizet

Mise en page: Aliénor Mary et Rachel Dussottier

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