S’écouter : la seule consigne à respecter à la Maison Apaisante

Rue Léon Gambetta, à Lille, réside un nouveau refuge dédié à la santé des femmes : la Maison Apaisante. Porté par l’association Ikambere fondée en 1997, depuis l’été 2025, cet établissement propose un accompagnement aux femmes touchées par le diabète, l’obésité et l’hypertension artérielle (HTA). Là où le système de soin classique se limite à la prescription médicale, l’association prend le relais pour aider ces femmes à comprendre leur corps et leur maladie chronique. Mal éclairées elles subissent leur maladie, alors la Maison Apaisante intervient pour qu’elles reprennent le pouvoir. Notre système de santé actuel ne permet pas la prise en charge holistique nécessaire. Ces maladies demandent une aide humaine et pédagogique, il ne s’agit pas seulement d’imposer des soins.    

L'apprentissage de la nutrition autour de la fleur

L’apprentissage de la nutrition autour de la fleur Photo par Julia Angulo

Ici, à la Maison Apaisante on apprend à lire son corps avec « Flora ». Cette fleur de la nutrition représente les familles d’aliment sur chacune de ses pétales. Tout est schématisé et accessible dans un seul objectif : rendre autonomes les femmes souffrant de pathologies chroniques. Aujourd’hui, le suivi médical implique souvent des ordonnances et des résultats d’examens aux formulaires techniques, dont la compréhension n’est pas toujours immédiate., puis, respecter la prescription à la lettre sans réellement saisir l’utilité. Dans un cadre de consultation contraint, le temps dédié aux explications reste souvent limité. Les médecins ont été formés à la médecine et non aux relations thérapeutiques. Ils savent soigner le corps sans réellement savoir accompagner le patient dans son parcours médical. Cette formation orientée vers la technique limite la transmission vers le patient. Le jargon médical, banal pour un professionnel résonne comme une langue étrangère pour un patient. D’autant plus, qu’aujourd’hui les consultations deviennent chronométrées. Le droit aux soins s’est transformé en un modèle de rentabilité. Ainsi les médecins se limitent à prescrire pour soigner, au lieu de prendre le temps d’expliquer clairement le fonctionnement de la maladie. C’est par là que le travail de l’association Ikambere commence. 

L’empowerment selon Ikambere

L’association Ikambere organise son activité autour de l’empowerment appliqué à la Maison Accueillante, aux deux Maison Apaisante et à la Maison reposante. Cette notion veut que les femmes reprennent en main leur nutrition et leur santé. C’est pourquoi l’accueil de jour est construit autour de l’éducation à la santé, des ateliers de nutrition et bien-être, de l’activité physique adaptée et de l’éducation thérapeutique du patient pour pallier cette lacune de la santé publique. Néanmoins, il arrive qu’avant de se focaliser sur la santé de la patiente, il faut lui apporter une aide sociale. Avant de régler un problème, il faut parfois en régler d’autres. « Je ne peux pas leur demander d’aller acheter des légumes si elles n’ont pas les ressources pour le faire », explique Sarah, la nutritionniste. Son éducation à la nutrition n’aurait aucun effet si les femmes qu’elle accompagne ne peuvent pas appliquer ses conseils. De cette manière, la Maison Apaisante aide également les patientes dans leur accès aux droits, leur insertion professionnelle ou leurs besoins fondamentaux. « J’ai enfin trouvé un dentiste », confie Mounina, l’une des premières participantes, à Sarah. Si Mounina a trouvé un médecin, pour d’autres cette assistance se traduit par une aide administrative pour obtenir un droit de séjour ou trouver un travail. Pour assurer ses actions, la structure repose sur un réseau de 70 financeurs dont 40% de fonds publics et 60% de mécénats privés comme Décathlon, Électro Dépôt ou encore Maison du monde. Ce déséquilibre en faveur des financements privés permet à l’association de travailler avec les établissements publics et non pour eux. 

Lille : un choix influencé par l’urgence sanitaire

Si ce modèle a fait ses preuves à Ivry-sur-Seine dès 2022, son arrivée à Lille en 2025 n’est pas un hasard. L’association a mené une étude diagnostique des besoins et rencontré de nombreux acteurs du territoire. Il en ressort deux constats : les Hauts-de-France sont particulièrement vulnérables face aux maladies métaboliques et cardiovasculaires. On compte plus de 50% de la population en surpoids ou en obésité (ORS 2025) et la région affiche le taux de diabète le plus élevé de France métropolitaine (SPF 2020)

S’adapter à la maladie plutôt que la subir

atelier

Un atelier d’éducation physique adapté
Photo par Julia Angulo

 

Malgré la prévention primaire réalisée, l’association ne peut empêcher des maladies chroniques comme le diabète, l’obésité ou l’hypertension artérielle. Cet accompagnement post-diagnostique reste nécessaire pour comprendre sa pathologie et pouvoir s’y adapter. Il n’est pas question de programmer des séances de sport intensives suivies d’un régime drastique. Sarah, la nutritionniste, prévoit avec la cuisinière des déjeuners complets à partager. Les patientes apprennent à donner à leur corps ce dont il a besoin, ni plus, ni moins. Le corps humain les guide dans un parcours à durée indéterminée. Ainsi, la Maison Apaisante agit comme un parfait complément à la médecine. Ce que les établissements de santé ne peuvent pas offrir aux patientes, elles peuvent le trouver à la Maison Apaisante, et inversement. 

Claire Dexemple

Zoom : TCA, quand l’assiette devient un champ de bataille

Au-delà des chiffres du diabète ou de l’obésité, une réalité plus silencieuse fragilise la santé des individus dans les Hauts-de-France : les Troubles du Comportement Alimentaire (TCA). Souvent précurseurs ou aggravants des pathologies métaboliques, l’hyperphagie boulimique, l’anorexie ou la boulimie ne sont pas des questions de « volonté », mais de réelles souffrances psychiques qui s’inscrivent dans le corps.

Les TCA agissent comme des mécanismes de défense face au stress ou aux traumatismes. Pour les personnes atteintes de ces troubles, l’assiette devient le seul terrain de contrôle, ou au contraire, le réceptacle d’un trop-plein émotionnel. Or, le système de soin traditionnel, focalisé sur l’indice de masse corporelle ou la glycémie, passe souvent à côté de cette dimension mentale. Le nœud du problème est émotionnel. On ne soigne pas une relation brisée avec la nourriture uniquement avec des régimes, car la restriction nourrit souvent la compulsion. C’est ce cercle vicieux que l’approche globale cherche à briser : comprendre que l’assiette n’est que le symptôme d’une souffrance interne.

Pour répondre à cette urgence, le modèle de l’association Ikambere s’appuie sur des résultats probants. Depuis l’ouverture du premier centre en Ile-de-France en 2022, l’accompagnement global a prouvé son efficacité à travers des chiffres clés :

  • 250 ateliers nutrition (réunissant 1500 participants) pour réapprendre à manger sans peur.
  • 350 séances d’activité physique adaptée pour ré habiter son corps
  • 100 ateliers bien-être pour apaiser le mental

Fidèle à cette approche, la Maison Apaisante instaure des ateliers de parole. Ces espaces sécurisés permettent de libérer la parole. En partageant leur vécu, les femmes réalisent qu’elles ne sont pas seules. Cette approche collective aide à déconstruire la culpabilité. Ici, on restaure l’estime de soi pour une réconciliation durable avec son corps. 

accomplissement à travers la méthode, les constats (regarder l’étude de la maison en seine st denis).

Elise Tierny

Vidéo sur les maison des femmes :

À travers ce format vidéo, Julia Angulo vous présente à présent une autre initiative pensée pour la condition féminine : la Maison des Femmes. Nous avons parlé précédemment de la Maison Apaisante de Lille, un projet dédié aux femmes souffrant de maladies cardiovasculaires. Si cette structure lilloise se concentre sur le soin et la prévention de pathologies cardiaques spécifiques, la Maison des Femmes, elle, se spécialise dans l’accompagnement global des victimes de violences et la protection des droits sexuels.

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