Et si les friperies révélaient les artistes de demain?

Sur les réseaux sociaux, les friperies sont devenues une « trend », c’est-à-dire un mouvement éphémère et massivement re-partagé. Initialement, ces établissements étaient destinés à la vente de vêtements de seconde main afin de permettre aux personnes en situation précaire de se vêtir à moindre coût. Mais récemment, la ville de Lille a vu naître plusieurs concept stores, qui permettent à des artistes de vendre leurs créations au sein des friperies pour leur offrir davantage de visibilité. C’est le cas de la friperie indépendante DramaturJ située rue Jean Sans Peur. Rencontre avec sa fondatrice, Jeanne Lorotte. 

Ayant ouvert son shop depuis le 8 août 2026, Jeanne avait dès le départ eu l’envie de mettre des artistes indépendants en avant. Elle explique : « Je voulais garder un côté artistique et faire fonctionner des créateur•rices locaux. » Elle a donc aménagé le shop de façon à mettre en avant leurs réalisations : étagères, supports de vente apportés par les artistes, présentoirs, étiquettes, décorations… De nombreuses créations sont proposées : stickers, bijoux, print ou encore illustrations. Une dépendance à l’arrière boutique est réservée à 3 artistes qui sous-louent le local pour y exercer leur activité : 2 tatoueuses et un artiste de strass dentaires. Actuellement, 9 artistes exposent à DramaturJ : 6 créateurs dont les articles sont vendus sur place et les 3 artistes qui exercent en arrière boutique. Les créateurs qui utilisent le shop comme vitrine physique et point de vente ont un contrat de 3 mois avec la friperie, que Jeanne pense renouveler avec la plupart d’entre eux. 

Une vitrine Artistique

DramaturJ kittymatou face

Présentoir de l’artiste Kittymatou

Jeanne explique que la clientèle de la friperie est plutôt variée, bien que relativement jeune (moins de 35 ans). Elle communique exclusivement via les réseaux sociaux, notamment sur ses comptes Instagram et TikTok (@dramaturj), en partageant régulièrement l’actualité du shop. De plus, ayant auparavant travaillé dans une association pendant 3 ans, une partie des clients actuels de DramaturJ sont des connaissances qui l’ont suivie dans ce nouveau projet. Mais ce sont principalement les différentes activités de la boutique qui permettent d’attirer une clientèle diversifiée. Les artistes qui y commercialisent leur art communiquent aussi sur leurs réseaux sociaux, ce qui incite certains de leurs abonnés à faire le déplacement pour acheter leurs produits. Sur place, ils peuvent ensuite se laisser séduire par des vêtements de seconde main, une prestation de tatouage ou des strass dentaires. Finalement, ce système bénéficie autant à Jeanne qu’aux artistes : « On s’apporte mutuellement de la visibilité », affirme-t-elle. 

Une coopération aux valeurs communes

Jeanne met en place un espace associatif dans lequel sont exposées les créations du Comité Palestine Lille. Très présents sur les réseaux sociaux, ils ont partagé leur collaboration avec DramaturJ sur leur compte Instagram (@comitepalestinelille). Victimes de leur succès, les présentoirs de l’association étaient, lors de notre visite, dévalisés.

Le contact humain ayant une grande importance dans ce type de projet, les artistes et associations avec lesquels Jeanne collabore sont principalement des ami.es, des lillois•es, mais surtout des personnes qui partagent les mêmes valeurs qu’elle. Elle nous a notamment détaillé son engagement : « Je pense que tout est politisé et le fait de monter une friperie dans le climat actuel est un choix politique. » Pour mettre en avant ces artistes qu’elle a choisis, les présentoirs permettant de mettre les créations en valeur comportent systématiquement les contacts des artistes (nom et réseaux sociaux). Ainsi, non seulement ils gagnent en visibilité mais le shop établit un réel contact avec leur clientèle. 

Ysaline DELATTRE 

Zoom sur : l'inclusivité...

Seconde main et création oui, très inclusive c’est encore mieux !

Jeanne ne se cache pas et est fière de parler sur ses réseaux de sa friperie comme étant politisée, en tant que personne queer et handi. Elle dit dans une de ses vidéos « Mon rêve à moi, c’est d’habiller toutes les baddies de gauche de Lille » de façon éthique.

Elle met en avant et propose des pièces qui vont de la taille 34 à 58, pour permettre au plus grand nombre de profiter des prix abordables et du plaisir de la seconde main. 

En évoquant clairement ses idées, elle présente également des artistes avec qui les idées corrèlent, pour que la boutique soit la plus cohérente possible à son idée première et sa vision du monde. 

C’est le cas notamment de Nora, illustratrice et fleuriste queer et handi friendly engagée aussi (@minorafr) ou encore Melli, poétesse / écrivaine qui arbore le drapeau transgenre dans sa biographie instagram (@mellie_enchantier_litteraire). 

L’engagement étant un des plus gros critères de sa boutique, Jeanne soutient l’association comité Palestine Lille et leur reverse 100% des bénéfices de leurs créations.

Le dernier évènement important du lieu s’est déroulé vendredi dernier (09/10)  de de 11h à 19h, journée pendant laquelle l’entièreté des bénéfices de la boutique ont été reversés au décolonial film festival et à décolonisons l’animation. 

Elle propose aussi sur instagram un concept de plusieurs videos nommé « je fais de la PUB à mes concurrents » dans lesquelles elle donne d’autres adresses qui complètent ce qu’elle propose dans son shop et qui suivent ses idées ! 

Laly JOLIE 

Vidéo: Maël HANNICHE

Photos: Clémence LEGIN

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