Gambetta : des graffitis face au manque de visibilité des commerces

À Lille, rue Léon Gambetta, les commerçants désirent transformer leurs volets métalliques en fresques. L’objectif : rendre plus attractives les boutiques grâce à une affirmation de leur identité, même après la fermeture. Le projet reste toutefois en discussion avec la mairie de quartier de Wazemmes.

Pour remédier à la multiplication des tags, Claire Vignier, présidente de de l’Union Commerciale Gambetta et Halles de Wazemmes, défend l’idée de peindre les volets des commerces. En effet, elle explique que la Ville dispose d’un service de nettoyage mais celui-ci n’interviendrait pas directement sur les volets.

Projet de fresque Mexicali commerçant rue gambetta
Sur les volets de Mexicali, une fresque représentant Frida Kahlo sur un décor inspiré de la ville mexicaine de Tulum est en cours de réalisation. - © Thalia Jouan
Une première ébauche a déjà été réalisée à Mexicali. Cependant, cette peinture relève d’une démarche personnelle de la gérante car c’est elle qui a sollicité l’artiste lillois, Alix Arnaud, et finance de sa propre poche les travaux. Le but est de donner un premier élan au projet collectif. Le graphiste à son compte a établi un devis de 7000 euros pour 280 m² de volets, répartis sur 25 devantures de 17 commerces différents.

Mais qui décide de l’image de la rue ?

Si l’initiative rassemble, sa mise en œuvre divise ! Les commerçants souhaitent conserver l’idée de valoriser leurs magasins et réaliser les peintures dès que possible. Jérôme Trullard, chargé de l’animation de Wazemmes, indique qu’il faut construire « un projet qualitatif » en cohérence avec l’architecture, sans se précipiter. Mais le graphiste Alix Arnaud estime à un mois et demi de travail la réalisation de l’ensemble des peintures, permettant d’être prêts pour Noël et les soldes, période propice aux achats. De plus, la mairie privilégierait une « histoire tout le long de la rue » via son propre réseau d’artistes. La présidente de l’Union ne cache pas son mécontentement : 

« Ils veulent faire comme ils ont envie, avec un clin d’œil sur l’activité des commerçants. J’ai dit non, un œil c’est tout petit ! »

Une pétition signée par la majorité des commerçants demande aux élus locaux de s’accorder sur l’idée initiale et d’ainsi débloquer les financements nécessaires provenant principalement de subventions de la Métropole Européenne de Lille (MEL) et de la Direction de l’Action Économique (DAE) liées à l’attractivité commerciale. Sollicités à ce sujet, les services de la mairie de Lille n’ont pas donné suite à nos questions.

Des fresques pour prolonger la visibilité des boutiques

L’initiative des graffitis répond à une plus large préoccupation : l’intégration de Gambetta au tissu commercial de Lille. Située à proximité de la place de la République, elle reste moins bien intégrée au centre-ville que la rue de Béthune, qui mène à la Grand Place. 

« Le projet cherche à réaffirmer l’identité visuelle des petits commerces

de Gambetta » résume la présidente de l’association. 

Portrait de Claire Vignier, gérante de la boutique Mexicali rue Léon Gambetta
Claire Vignier est présidente de l’Union Commerciale Gambetta et Halles de Wazemmes et gérante de la boutique Mexicali, rue Léon Gambetta. - © Thalia Jouan

Inflation, hausse des loyers et baisse du pouvoir d’achat pèsent sur le secteur. C’est d’autant plus le cas pour la plus ancienne rue commerçante lilloise marquée par une forte présence d’enseignes indépendantes et spécialisées, dont deux magasins de machines à coudre. Ces dernières possèdent moins de moyens que les grandes marques pour rester identifiables par les consommateurs. Cependant, cette transformation ne garantit pas, à elle seule, une hausse de la fréquentation ou des ventes. Elle vise d’abord à limiter les tags puis à prolonger la présence des commerces.

Le 10 octobre dernier, la Journée nationale du commerce de proximité rappelle que derrière chaque boutique locale, c’est une activité qu’il faut faire vivre malgré la conjoncture économique actuelle.

Thalia JOUAN

Zoom sur l’Union Commerciale Gambetta et Halles de Wazemmes

Logo de l'Union Commerciale Gambetta et les Halles de Wazemmes

Logo de l’Union Commerciale Gambetta et les Halles de Wazemmes – © Union Commerciale Gambetta

Depuis plus de cent ans, cette association lilloise fédère la vie de quartier en mettant en avant les commerces de proximité de la rue Gambetta. Comme nous l’indique sa présidente, Claire Vignier, elle regroupe aujourd’hui cinquante-quatre commerçants bénévoles qui proposent un large panel de services. On y retrouve des restaurateurs, des libraires, des vendeurs de vêtements ou bien encore des coiffeurs.

Les adhérents participent régulièrement à des actions communes afin de dynamiser la rue tout en favorisant le développement de leur commerce.

Certains de ces projets sont financés indépendamment de la mairie lilloise grâce à une cotisation des adhérents qui s’élève à cent-soixante-quinze euros par personne. C’est le cas d’un projet alliant écologie et responsabilisation citoyenne dont le coût s’est élevé à quatre-vingt-dix-sept euros. Depuis 2020, les commerçants de la rue Gambetta ont décidé de mettre à la disposition des riverains des collecteurs de masques chirurgicaux usagés. Ces stocks de déchets sont ensuite transférés à Wambrechies, dans les locaux du groupe ELISE, afin d’être recyclés. 

Enfin, l’Union Commerciale Gambetta et Halles Wazemmes collabore fréquemment avec la municipalité lilloise. En effet, la rue Léon Gambetta a été choisie comme secteur test prioritaire pour expérimenter le plan de la ville de Lille, « stratégie commerce et artisanat » en 2022. Dans le cadre de ce projet commun, l’Union commerciale bénéficie d’une aide financière et logistique afin d’encourager la dynamisation de la vie commerciale du quartier.

Abigaëlle GENET-BOURDIER

Vidéo : Jules DEJAEGER

Photo : Owenn CONAN MOREL

Secrétaire de rédaction : Lucie DROZ-VINCENT

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