Le 15 juillet dernier, la ressourcerie d’Abej SOLIDARITÉ a rouvert ses portes au pied de la station de métro Porte de Douai à Lille. La boutique, gérée par David Freymont, n’a pas pour objectif la recherche de profit. Son but : aider les personnes éloignées du monde du travail à se réinsérer et permettre à ses clients de se procurer des produits du quotidien de seconde main et à petit prix.
Qu’est-ce qu’Abej SOLIDARITÉ ?
Née en 1985, l’association a pour objectif d’accueillir, d’accompagner et de soigner les personnes qui vivent à la rue. Il existe différents pôles : accueil, hébergement, logement, santé et insertion par l’activité économique (IAE). Ce dernier est à l’origine du projet de la ressourcerie.
Vêtus d’un tablier beige, tout sourire derrière les caisses situées à l’entrée, les vendeurs accueillent les clients. A première vue, la boutique de l’Abej est une ressourcerie comme les autres. Mais, derrière chaque encaissement se cachent des vendeurs atypiques. Ils sont tous bénéficiaires d’un programme de réinsertion professionnelle.
Le tablier beige, un premier pas avant le retour du costume
« L’objectif majeur est de favoriser l’emploi et d’accompagner les gens pendant deux ans maximum vers l’emploi », commente David, le gérant. « Ça permet à des gens de travailler, d’avoir un emploi, d’intégrer un groupe. » L’ensemble des vendeurs sont des personnes éloignées du monde du travail. Ils sont embauchés pour une durée de deux ans pendant laquelle ils sont accompagnés dans leurs projets professionnels. Quatre conseillères en insertion les aident en plus des gérants de la ressourcerie. Le dispositif est ouvert à toutes les personnes inscrites sur la plateforme Inclusion de France Travail, comme ce fut le cas pour Angèle, vendeuse depuis 1 an. En plus de ces contrats, l’association embauche des personnes sans-abri pour leur permettre une reprise du travail progressive, commençant à 3 heures par semaine.
Des clients écolos sans y penser
Entre les rayons d’objets variés : textiles, vaisselles, décorations, jouets, loisirs et culture, plusieurs clients curieux cherchent les bonnes affaires. La ressourcerie profite aussi à un public précaire en proposant des articles à bas prix et de seconde main. « C’est accessible à tout le monde, même à ceux qui n’ont pas forcément le budget », se réjouit Maelou, étudiante, des emplettes plein les mains. Zahra, une autre cliente, accompagne de son côté une mère de famille. Elle fait partie de l’association Itinéraires, qui accompagne des parents ou des jeunes dans leurs démarches administratives et la gestion de leur quotidien. La ressourcerie est alors un moyen pour elle de montrer aux personnes qu’elle accompagne qu’il est possible de consommer pour pas cher et sans polluer.
Un quartier qui se recycle
Entre les fast-foods et les anciens logements ouvriers, le nouveau bébé d’Abej SOLIDARITÉ ferait presque tache à Moulins. Pourtant, dans un quartier lillois marqué par la précarité, la démarche bénéficie directement aux habitants. « Il y a un taux de chômage élevé », explique David. « Le fait de ramener des articles et une dimension écologique au quartier entraîne une dynamique intéressante. » Les prix bas des articles vendus permettent aux habitants de consommer selon leurs moyens tout en s’ancrant dans une démarche écologique, souvent perçue comme accessible seulement aux plus aisés.
Cela fait maintenant trois mois qu’Abej SOLIDARITÉ est devenu propriétaire de sa nouvelle adresse lilloise. Pour la suite, David se dit plutôt confiant. « On a déjà réussi à le faire, je ne vois pas pourquoi ce projet ne marcherait pas maintenant sur Lille. » Le gérant a d’ailleurs de nombreux futurs projets en tête afin de développer une initiative qui, comme le dit le slogan, représente « un tremplin pour les hommes, un geste pour la planète ».
Anouk Honoré
L’édito
La ressourcerie, une seconde main loin des logiques de gentrification
Dans un quartier populaire, l’arrivée de nouveaux commerces peut contribuer à faire évoluer le cadre de vie. Mais cette évolution ne doit pas se faire au détriment de ceux qui y vivent déjà.
L’« occasion » est devenue une tendance et un véritable marché de la mode. Dans les quartiers populaires, cette évolution peut s’accompagner de nouveaux commerces, d’une hausse des prix et d’un changement du profil des habitants. C’est l’un des mécanismes de la gentrification, qui peut rendre ces quartiers moins accessibles aux populations qui y vivent depuis longtemps. Faire de la seconde main un marché comme un autre, c’est risquer de transformer une solution économique en produit tendance, parfois inaccessible à ceux qui en ont le plus besoin.
La ressourcerie de l’abej SOLIDARITÉ s’inscrit dans une logique différente, avec des articles à petits prix et un projet d’insertion professionnelle. Cette initiative ne peut pas empêcher à elle seule la transformation de Moulins. Elle défend néanmoins une autre conception du commerce : une activité qui profite aussi aux habitants, plutôt que de chercher uniquement à rendre le quartier attractif.
La seconde main ne devrait pas être un privilège. Elle peut être un outil de solidarité, à condition de rester accessible et de répondre aux besoins locaux. Les quartiers populaires n’ont pas besoin de devenir tendance pour mériter des commerces utiles. Ils ont besoin d’activités qui leur permettent d’évoluer sans perdre leur identité ni exclure progressivement leurs habitants.
Maureen Demouge
La vidéo
Entre solidarité et écologie : la ressourcerie de l’Abej SOLIDARITÉ
Un zoom plus approfondi et concret sur le fonctionnement de la ressourcerie