En janvier dernier, l’ONG Générations Futures a alerté sur la qualité de l’eau potable dans une partie des Hauts-de-France. Une eau non conforme en raison d’une concentration trop élevée de polluant éternel, notamment le fluopyram. La région des Hauts-de-France est la plus exposée à ces problématiques à cause d’une agriculture très utilisatrice de pesticides.
Ce constat peut se faire à partir de trois raisons : une première historique, avec les anciens bassins miniers, ayant contribué à la pollution des sols. Une deuxième raison politique, avec l’application de lois dégradant davantage la qualité des sols, à l’instar de la loi Duplomb, qui avait fait débat en 2025. La troisième cause est agricole. Les Hauts-de-France pratiquent structurellement une agriculture intensive. Face à ce constat se dresse la solution de l’agroécologie.
Réparer les sols pour sauver l’eau
Actuellement, notre agriculture est presque exclusivement intensive et selon Jean-Michel Damiens, membre de l’association Eau Secours 62, « c’est ce qui provoque ces problèmes de pollution ou d’excédents d’engrais », affaiblissant ainsi les sols. C’est pour cela que l’une des demandes de l’association pour améliorer la qualité de l’eau est de « réclamer un autre type d’agriculture ». Ici, Jean-Michel Damiens fait référence à l’agroécologie, définie comme une façon de concevoir des systèmes de production s’appuyant sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes. Un procédé contribuant à diminuer les pressions sur l’environnement et préserver les ressources naturelles.
Le passage par la voie institutionnelle et gouvernementale
Jean-Michel Damiens le répète, « c’est l’agroécologie qui va sauver notre sol, notre agriculture et notre résilience alimentaire ». L’agriculture a un impact direct sur ce que nous mangeons au quotidien, mais elle influe également sur l’eau et sa qualité, en cas d’utilisation d’engrais et d’intrants chimiques. La ressource hydrique est d’ailleurs un meilleur indicateur que la nourriture puisque selon Réjane Beurrier, de la branche lilloise de l’association Générations Futures, elle représente le « thermomètre de la pollution ». Passer à l’agroécologie serait la solution car elle accélérerait la porosité des sols, elle rechargerait les nappes phréatiques et permettrait de conserver un sol humide, ce qui n’est pas le cas avec l’utilisation d’intrants chimiques.
C’est d’ailleurs l’une des revendications des deux associations : « moins d’intrants chimiques dans nos produits alimentaires ». Pour répondre à cette problématique, rares sont les réponses gouvernementales, à l’instar du paiement pour service environnemental. Il est par exemple mis en place dans l’agglomération de Lens-Liévin, où l’eau est fortement polluée. Le dispositif propose à des agriculteurs de réduire le niveau de produits chimiques dans les sols, contre une rémunération. Une première étape vers une agriculture plus responsable et vers l’agroécologie, qui pourrait permettre le développement de l’agroforesterie comme le suggère Jean-Michel Damiens. Cela consiste à associer sur une même parcelle des arbres et des cultures.
La question de l’eau est également un enjeu sociétal, et Eau Secours 62 le rappelle : « L’opinion publique, elle est là ! », faisant référence aux plus de deux millions de signatures pour la pétition contre la loi Duplomb. Mais la puissance et l’omniprésence des lobbys de l’agrochimie à l’Assemblée nationale ont empêché le refus de cette loi, un constat plombant selon Jean-Michel Damiens.
Timothé Grand-Dechaux
Zoom : Au Nord, c’étaient les corons !
A la fin du XVIIe siècle, le nord de la France connaît un boom économique après la découverte et l’exploitation intensive des gisements de houille dans le sous-sol.
L’activité minière va profondément marquer la région, socialement et écologiquement. Au début des années 1960, les fosses ferment les unes après les
autres. De nombreux sites d’exploitation sont ennoyés après leur fermeture pour
cesser l’activité.
L’ennoyage des galeries a provoqué la circulation de l’eau dans des roches chargées en minéraux jusqu’aux nappes phréatiques. La région est traversée par la nappe de la craie, l’une des plus grandes nappes phréatiques européennes, alimentant la Belgique et le nord de la France. Des dépôts de résidus miniers, comme le nitrate, se sont parfois accumulés dans la nappe et les rivières alentour au fil des années d’exploitation, mettant ainsi en danger la santé des habitants de la région. L’après-mines a mis en avant de nombreux désordres causés par l’exploitation minière, dont des glissements de terrains et la perturbation de l’écoulement des eaux.
Marquée par deux siècles d’exploitation et de pollution minière, la région reste
encore touchée ces dernières années par les conséquences de l’industrie. L’un des derniers scandales en date : Metaleurop Nord. Cette ancienne fonderie du Pas-de-Calais ferme ses portes en 2003. Après des années d’activité, la fonderie a été épinglée pour le rejet de plusieurs tonnes de métaux lourds dans l’air et les cours d’eau. Des cas de saturnisme (contamination au plomb) ont été constatés chez plusieurs enfants des zones concernées. 200 ans après, l’exploitation industrielle continue de faire des victimes dans la région.
Noah Gaspar