Face aux problèmes de santé mentale dans notre société, plusieurs thérapies existent pour se soigner. A Carvin, Nicolas Papierz reçoit ses clients pour pratiquer l’hypnothérapie depuis 2020. Il explique dans quelle mesure l’hypnose se place comme un moyen d’aller mieux face à nos problèmes psychologiques.
Entre la situation internationale, les problèmes d’isolement ou encore la crise énergétique, ce ne sont pas les raisons qui manquent pour avoir le moral au plus bas. Et pour cause, 15 %, c’est la part de la population française touchée par un ou plusieurs troubles psychiques selon le ministère de la Santé et de la Prévention. Ces derniers prennent plusieurs formes : dépression, stress, développement d’addictions en allant jusqu’aux pensées suicidaires. Le plus frappant, c’est que ces problèmes se retrouvent dans toutes les strates de notre société.
L’Etat a pourtant fait de la santé mentale une cause nationale depuis 2025. Malgré cela, cette dernière reste un vrai problème qui illustre le manque d’efficacité du système pour la traiter. Il est donc essentiel de penser aux alternatives pour se soigner.
Un moyen de traiter plusieurs problématiques

Des peintures sont présentes dans le cabinet pour créer une ambiance apaisante
Lumière tamisée, peintures relaxantes ou encore livres sur le bien-être : le calme se fait ressentir dans la salle où Nicolas Papierz reçoit ses clients. Il faut dire que cette ambiance est essentielle pour faire face à toutes sortes de troubles : « On retrouve beaucoup de problématiques liées aux addictions que ce soit avec l’alcool, le tabac ou les jeux d’argent. On retrouve aussi de plus en plus de personnes qui veulent mieux gérer leur stress et qui veulent se libérer de leurs tensions intérieures. » Dans une société qui capitalise sur les troubles psychologiques de la population, la prédominance des problèmes d’addiction parmi ses clients n’est pas une grande surprise. L’hypnothérapie se place donc en moyen de sortir de cette mécanique par la médecine douce.
Une thérapie accessible
De plus, il ne faut pas croire que cette thérapie ne fonctionne que chez certaines personnes dites « réceptives ». En réalité, il s’agit d’un véritable travail d’adaptation pour l’hypnothérapeute : «Quand on parle de réceptivité, on peut aussi parler de sensibilité. En début de séance, je fais toujours un test pour voir si je comprends la problématique du client. Maintenant, un hypnothérapeute peut très bien fonctionner avec une personne et pas avec une autre. Le client doit aussi trouver la personne qui parle son langage. Ce n’est pas l’hypnothérapeute qui trouve la solution, mais c’est lui qui va guider la personne vers cette dernière».
Une pratique qui doit encore faire face à certains enjeux

Le diplôme d’hypnothérapeute exposé derrière le bureau de Nicolas Papierz
Si l’hypnothérapie s’impose en effet comme une manière de soigner des troubles, ce milieu reste confronté à plusieurs problèmes. Nicolas Papierz en constate plusieurs et pointe avec désarroi le nombre non négligeable de charlatans dans cette profession : « On remarque que certains se revendiquent hypnothérapeutes sans avoir de formation et qui profitent de la fragilité des personnes ». Il nous parle aussi de la difficulté financière pour avoir accès à ce genre de thérapie : « Aujourd’hui, c’est dur de trouver la bonne personne pour aller mieux en sachant en plus qu’il ne sera pas remboursé par la sécu ». C’est en effet la non reconnaissance de la discipline par l’Etat qui bride encore son développement en tant que solution face aux problèmes mentaux.
Une profession qui s’édifie petit à petit
Face à ces enjeux, il rappelle cependant que des solutions existent pour sécuriser ce milieu : « Une des choses qu’on nous apprend dans notre formation, c’est que l’hypnothérapeute n’a pas à dire si un client doit arrêter ses médicaments par exemple ». Ces indications lors de formations permettent ainsi de montrer aux thérapeutes les limites à ne pas dépasser dans leurs pratiques. De plus, un contrôle s’installe progressivement pour éviter les dérives : « On est un métier qui se fait de plus en plus contrôler. Les services de l’État surveillent par exemple qu’on ne se déclare pas en profession médicale ». Petit à petit, l’hypnothérapie s’érige en une méthode solide et sécurisée pour gérer des troubles. Elle pourrait alors devenir une nouvelle réponse à la grande question de la santé mentale qui semble toujours au point mort en France.
journaliste : Nathan Queniart
photographe : Arthur Remaury
ZOOM
Se soigner psychologiquement… mais à quel prix?
Les troubles psychiques peuvent toucher chacun d’entre nous: enfants comme adultes, personnes modestes comme favorisés. Pourtant, tout le monde n’a pas la même liberté d’accéder à un suivi. Le coût reste l’un des principaux freins. En sachant qu’une consultation chez un psychologue varie en moyenne entre 50 et 70 euros et peut aller jusque 100 euros, franchir la porte d’un cabinet représente un véritable défi pour certains. D’autant que plusieurs séances sont souvent nécessaires, faisant grimper la facture à plusieurs centaines d’euros.
Depuis la période du Covid-19, le tabou autour de la santé mentale tend à se lever. Mais les difficultés financières persistent pour une partie des français. Les étudiants sont particulièrement vulnérables: confrontés à des périodes de stress intense ou d’isolement, ils subissent également les effets de la précarité, créant chez eux un cercle vicieux difficile à rompre.
Pour réduire ces inégalités, certains dispositifs publics ont été mis en place. Le programme Psy Etudiant, lancé en 2021, permet aux étudiants de bénéficier de douze séances gratuites auprès de psychologues partenaires. Selon la psychologue Myriam Dumez, ce programme a été créé dans un contexte particulier: « le dispositif a été mis en place à la suite du Covid, de nombreux étudiants se sont retrouvés seuls enfermés dans de petits espaces sans véritable soutien ». Il visait ainsi à offrir « un accompagnement et un espace de parole » à une généralisation fragilisée par la pandémie.
Depuis sa mise en place, la psychologue observe une évolution des demandes. Cependant, le programme reste encore imparfaitement connu. « Son utilisation reste limitée par rapport au nombre d’étudiants », note-t-elle, évoquant une certaine confusion autour des démarches à réaliser, de la gratuité ou du nombre de séances. Du côté des professionnels, l’initiative est globalement bien accueillie. Mais la psychologue souligne aussi certaines limites: une rémunération jugée trop faible, un cadre trop contraignant et un nombre de séances limité à douze, parfois insuffisant lorsque « une thérapie plus approfondie est nécessaire ».
Charlotte Michiel
VIDEO
Santé mentale & sophrologie : gérer son stress différemment
vidéaste : Eva Gelin
éditrice : Salomé Bachimont