Des solutions et acteurs de proximité pour sensibiliser les jeunes à la vie politique et démocratique

« Ce n’est pas parce que vous détestez la politique telle qu’elle est que vous détestez la politique de manière générale », affirme Rémi Lefebvre, politologue et professeur à l’Université de Lille. Alors que le mouvement lycéen se poursuit depuis septembre, l’offre politique ne répond toujours pas aux attentes des jeunes. Les mobilisations se poursuivent pour attendre plus de mesures du gouvernement. Malgré un manque de réponses, la sensibilisation des jeunes à la politique ne s’arrête pas et fait appel à des acteurs pluriels et de proximité.

Lundi après-midi, au lycée Léo Lagrange de Bully-les-Mines, trois classes assistent à la venue de Gaëtan Girard–Ratrenaharimanga, juge au tribunal administratif de Lille et intervenant auprès de l’association Parlons Démocratie. L’objectif n’est pas de faire ressortir des idées à travers un débat, mais de sensibiliser les élèves au monde politique. Même si l’offre politique ne répond pas aux attentes, l’association veut leur faire comprendre que le simple rôle de citoyen et d’électeur est crucial dans leur vie quotidienne, même au lycée. Il essaie de faire participer au maximum les élèves, relancés par leurs professeures de Littérature et de lettres et d’enseignement moral et civique (EMC), Virginie Gorin et Sabine Houssoy. Les positionnements politiques sont vulgarisés pour que les élèves prennent conscience de leur rôle et de leur responsabilité de citoyens à l’avenir. Pour eux, il faut les sensibiliser pour que les jeunes aient leur destin entre les mains. Sabine Houssoy appuie :  « Bougez-vous, ne vous plaignez pas de la politique si vous ne vous y intéressez pas. »

Lorsqu’ils troquent leur rôle de juge ou professeur pour celui de père ou de mère, ils continuent le dialogue et la sensibilisation avec leurs enfants. Sabine Houssoy confie qu’elle maintient le dialogue politique pour leur donner les clés de la réflexion pour l’avenir démocratique.

lycée Léo Lagrange de Bully-les-Mines Photo / de Méline Petit

Des actions par les jeunes pour les jeunes

Pour sensibiliser les jeunes à la démocratie et aux élections, l’association est aidée par le Conseil de jeunesse lilloise (CJL) créé en 2009. Si l’instance mène des opérations de sensibilisation comme Parlons Démocratie, le CJL mène aussi des projets de mobilité, de culture ou de solidarité, comme le confie Louise Legros, membre du CJL pour la mandature 2025-2026. L’étudiante considère cette institution comme une « bonne opportunité pour intéresser les jeunes, non pas à la politique mais à la vie en général ». Elle poursuit : « C’est se mettre ensemble et réfléchir pour les autres. Je trouve ça important et ça fait partie de la vie de savoir penser pour les autres. » Les différents projets forcent aussi à s’intéresser à la politique : Louise Legros confie qu’une mobilité à Turin était prévue, mais que la politique de Giorgia Meloni a poussé à modifier le projet. La présence du CJL confirme : « Les gens ont envie de nous écouter et qu’en soit, on pourrait répondre à une des demandes des manifestations. »

Avant de développer des idées ou des mesures d’un programme, il faut d’abord faire comprendre aux jeunes leur importance au quotidien. Le Conseil de jeunesse lillois et Parlons Démocratie se rejoignent sur un point : il ne faut pas les intéresser à la politique en tant que telle, mais leur insuffler l’état d’esprit pour être un bon citoyen, conscient de son rôle et de ses responsabilités.

Thibault Legrand

Focus : le mouvement lycéen symptôme d'un système verrouillé

Depuis plusieurs semaines, des lycéens et des étudiants défilent partout en France. Pourtant, on répète que les jeunes se désintéressent de la politique. Pour le politologue Rémi Lefebvre, c’est une erreur d’analyse :  « Je ne crois pas du tout à la dépolitisation. Les jeunes détestent pour beaucoup la politique institutionnelle, la politique telle qu’elle est. Mais ce n’est pas parce qu’on déteste la politique telle qu’elle est qu’on déteste la politique de manière générale. »  L’intérêt pour la chose publique demeure, c’est le canal officiel,  les élections, les partis, qui sont rejetés. Les forts sentiments d’injustice, rappelle-t-il, sont précisément ce qui conduit notamment à la politisation.

La mobilisation lycéenne illustre cela : fort engagement dans la rue, abstention persistante dans les bureaux de vote. Les jeunes s’expriment, revendiquent, s’emparent de sujets politiques, le mouvement social serait alors, pour la jeunesse, un autre moyen de se faire entendre dans un système qui, selon Rémi Lefebvre, « ne veut pas entendre d’autres moyens que le vote ».

Dans ce contexte, reste à savoir ce que ce mouvement produira. Le politologue se montre prudent sur le prolongement de ce mouvement. Cependant, il pourrait aussi se transformer en capital électoral. Car chez les 18-24 ans, c’est la France insoumise qui capte aujourd’hui l’intérêt, 45 % des 18-24 ans veulent voter LFI aux prochaines élections. Politisé par le parti de Jean-Luc Mélenchon, le mouvement lycéen, entre autre, même s’il s’essouffle, pourrait bien se prolonger… dans les urnes.

Gaël Journée 

Quand la neutralité de la justice s’invite dans le débat lycéen

Vidéo : Zoé  Cuigniet

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