Et si l’on se soignait autrement ?

La France figure parmi les plus gros consommateurs de médicaments en Europe. Entre culture de l’ordonnance, système de remboursement généreux et manque de prévention, le médicament s’impose souvent comme une réponse automatique. Aujourd’hui, il existe plusieurs moyens de limiter la consommation excessive de médicaments, notamment en recourant aux médecines douces, qui privilégient la prévention à la prescription systématique.

Le morceau Prozaczopixan de Vald dénonce l’addiction aux benzodiazépines, plus connues sous le nom d’anxiolytiques. Fidèle à son style, le rappeur livre une satire grinçante de notre société. Une course au bonheur, possible grâce au médicament qui supprime les pensées négatives pour atteindre la perfection du citoyen modèle.
Elle révèle un système où le soin s’efface au profit de l’industrie pharmaceutique. La solution ne serait peut-être pas un retour à l’équilibre ? Anne, naturopathe à Lille, en fait le triste constat : « Au fil de l’entretien, les gens se rendent compte qu’ils ne s’écoutent pas, c’est révélateur de notre société. »

Historiquement, la prescription médicamenteuse est enracinée dans la pratique médicale française. Une consultation se conclut souvent par une ordonnance, perçue comme le signe d’une prise en charge efficace. Pour de nombreux experts, le problème tient aussi au manque de temps médical, à l’insuffisance de prévention et à
l’absence d’alternatives accessibles, notamment en matière de santé mentale.

Retour à l’équilibre

Pour faire face à cette réalité, Anne croit en la concordance entre la médecine allopathique et la médecine alternative. « Il y a une vraie méconnaissance de la médecine douce », indique-t-elle, excédée. Les médecines complémentaires, suscitent un intérêt croissant, malgré de nombreux préjugés. Non reconnues scientifiquement au même titre que la médecine conventionnelle, elles ne prétendent pas remplacer les traitements médicaux, mais proposent une approche globale fondée sur la prévention et l’hygiène de vie.

 

« Il faudrait mettre en place la médecine intégrative, qui est justement pour l’association entre médecine classique et l’accompagnement des pathologies avec des techniques complémentaires pour améliorer la qualité de vie des patients. »

Pour Anne, il est nécessaire de réorganiser notre manière de soigner les gens : « Il y a un enjeu de formation des médecins, quand un médecin fait un diagnostic la question est : que faire de ce diagnostic ? Si mon médecin me donne des médicaments comme ça sans suivi ça ne sert à rien, le naturopathe pourrait être intégré dans des équipes de soin et pourrait travailler sur l’organisation du quotidien. »

 

La clé serait finalement d’anticiper, de prévenir plutôt que de guérir et de tout réorganiser : « Dans un monde idéal, nous pourrions dialoguer avec le médecin, il faudrait avoir des services de prévention de santé, de sécurité sociale de la prévention, on parle en ce moment de service social pour l’alimentation, les gens ne savent plus manger, même les gens qui ont de l’argent ne mangent pas bien, ce n’est pas une question de précarité. »

Table de massage utilisée par Anne, naturopathe à Lille, lors des séances
Table de massage utilisée par Anne, naturopathe à Lille, lors des séances

Un besoin de reconnaissance

Anne regrette toutefois l’absence de cadre légal clair : « La naturopathie a besoin d’une législation, on n’est pas sécurisé. Si on regarde sur les réseaux sociaux, il y a des gens qui cherchent à gagner de l’argent en se faisant passer pour des naturopathes. Ceux qui affirment que la médecine douce n’est pas complémentaire à la médecine traditionnelle sont des charlatans. Ça nous insécurise, on n’a pas de crédibilité. On n’est pas reconnu comme un métier donc on n’a pas accès aux formations, à des aides. »

Réduire la consommation excessive de médicaments ne signifie pas les diaboliser. Ils restent indispensables et souvent salvateurs. Toutefois, une meilleure articulation entre médecine conventionnelle, prévention et accompagnements complémentaires pourrait permettre une prise en charge plus équilibrée.

Julie Blanchard

Crédit photos : Téo Lajoie

L’édito

Stop aux dérives des « médecines alternatives » !

Comment les nommer ? Avec pas moins d’une centaine de pratiques thérapeutiques répertoriées, il s’avère particulièrement complexe de les classifier sous une même bannière. En témoigne d’ailleurs la multitude d’appellations les concernant : médecine naturelle, pseudo-médecine, médecine parallèle ou alternative…

Dans les faits, ces pratiques non conventionnelles de santé (PNCS) ont un point commun : un manque cruel d’encadrement. Le secteur connaît en effet d’innombrables dérives, tantôt économiques, tantôt sectaires, que l’État peine à réguler. Et quand ce dernier entend intervenir, c’est l’A-MCA (Agence des médecines complémentaires et alternatives), autrement dit le principal organisme de lobbying des médecines douces, qui s’interpose dans les débats pour faire pression. Sa présence en tant que membre officiel au sein du Comité d’appui pour l’encadrement des PNCS, créé en 2023, avait ainsi ulcéré plusieurs groupes de professionnels de santé.

Car, contrairement aux médecins, les praticiens des « médecines parallèles » n’ont pas besoin de justifier d’un diplôme pour exercer. L’absence de certification et de contrôle laisse pour ainsi dire champ libre aux charlatans et pseudo-experts. Et les chiffres en témoignent : 66% des pratiques non conventionnelles contrôlées par la Direction générale de la répression des fraudes présentaient en 2022 une anomalie, principalement des pratiques commerciales trompeuses, quand 25% des signalements reçus en 2023 par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), concernaient la santé. Sans parler des « gourous naturopathes » comme Éric Gandon condamné pour « mise en danger d’autrui et abus de faiblesse » suite à la mort de plusieurs de ses clients.

Certes, l’attirance et l’attachement des Français pour ces pratiques sont le signe qu’elles ont certainement des effets bénéfiques pour de nombreux patients. Il faut toutefois être conscient que les médecines douces ne sont pas exemptes d’intérêts économiques et que l’absence de régulation pollue leur pratique. Et il serait nécessaire que les pouvoirs publics s’en saisissent !

Antoine BOREY

Crédit vidéo : Elise Leroy Baverey

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