À l’occasion de l’Open Week, qui a lieu du 10 au 14 mars, l’Opéra de Lille a invité le public à venir découvrir ses secrets, gratuitement. Il s’agit déjà de la troisième édition depuis septembre, et l’événement attire un public toujours plus nombreux. Au programme de la semaine, des activités et des rencontres avec les artistes proposées autour du prochain opéra prévu le 26 mars, intitulé Les enfants terribles, imaginé par le compositeur d’opéra vivant américain Philip Glass, et inspiré de l’œuvre de Jean Cocteau.
En ce mardi 10 mars, quelques passants ralentissent devant l’Opéra de Lille. Curieux, ils hésitent un instant avant d’entrer dans le bâtiment. Pourtant, cette semaine, les portes sont grandes ouvertes. A l’intérieur, l’ambiance tranche radicalement avec l’image que l’on se fait habituellement de l’Opéra. Le silence a laissé place aux éclats de rire, aux tenues décontractées et même à quelques brouhahas enfantins. Des jeux d’échecs sont installés, des miroirs invitent les visiteurs à s’exprimer et, dans un coin, une chambre d’adolescent mal rangée a été reconstituée. L’Opéra semble avoir décidé de suivre ses propres règles, loin des codes habituels qu’on lui attribue.
Une chargée de production nous explique : « On ne voulait pas simplement ouvrir les portes de l’Opéra pour que les personnes puissent admirer son architecture. Le but n’était pas de mettre à disposition du public un lieu figé, mais de leur faire découvrir le spectacle vivant qui a lieu ici, d’une manière un peu plus ludique. »
Cette volonté de proposer des activités plus amusantes semble porter ses fruits. Non loin de là, trois jeunes filles participent à un atelier. Ces sœurs doivent penser à un souvenir de leur enfance, puis découper ce souvenir dans du tissu pour le coller ensuite sur une petite toile. Sofia, la plus jeune, explique que c’est sa première fois à l’Opéra et qu’elle trouve ça « trop cool ». Son aînée, quant à elle, était venue il y a quelques années pour assister à une pièce d’Opéra, mais avoue n’avoir pas tout compris.
La chambre des « Enfants terribles »
« Nous avons accuelli 11 000 spectateurs de moins de 28 ans »
Juste à côté, les artistes sont réunis en cercle et discutent en anglais de la construction de la pièce Les enfants terribles. Sabine Revert, secrétaire générale des relations publiques, s’agace des reproches que l’on attribue à l’Opéra : « On entend parfois dire que plus personne ne s’intéresse à l’Opéra. L’acteur Timothée Chalamet a tenu ce genre de propos il y a peu. Pourtant, il suffit de venir ici pour voir que ce n’est pas le cas. » Elle souligne aussi que le public est de tout âge : « L’année dernière, nous avons accueilli plus de 11 000 spectateurs de moins de 28 ans, et encore tous ne sont pas recensés. »
Pour elle, ce sont des semaines comme celle-ci qui participent à la dynamique du lieu : « Cette semaine permet de rendre l’opéra plus accessible et de montrer aux spectateurs que les spectacles proposés ne sont pas des antiquités. Le thème des Enfants terribles permet à chacun de se sentir concerné, du plus jeune au plus âgé.
Avant de conclure : L’équipe de communication partage beaucoup sur les réseaux sociaux et sur internet afin de garantir une information continue au public. Des explications de la pièce sont également mises à disposition du public en amont des spectacles afin de garantir une meilleure compréhension. »
À l’atelier collage, Sofia et ses sœurs ont fini leur projet. Ils seront accrochés aux murs, pour que les visiteurs puissent les observer tout au long de la semaine.
Car pour certains, la découverte de l’Opéra commence peut-être, tout simplement, par un regard.
Clara Catrin
Zoom : Le budget de la culture en crise
Entre 2025 et 2026, le budget du ministère de la Culture a été amputé de plus de 200 millions d’euros. Un constat inquiétant pour les institutions culturelles qui peinent déjà à sortir la tête de l’eau. Cela représente en effet une problématique pour les quarante-cinq mille monuments historiques français, dont 5% seraient “en péril” selon Rachida Dati. Le dispositif du Pass Culture connaît lui aussi de larges baisses en 2026, passant de 170 millions en 2025 à 127,5 millions cette année. Cette réduction s’inscrit plus largement dans celle du poste de “la transmission des savoirs et démocratisation de la culture” qui a pour objectif de faciliter l’accès des jeunes à la culture, ou encore de garantir un enseignement artistique dans l’enseignement supérieur.
Le ministère de la Culture n’est pas le seul acteur du budget de ce secteur. Une partie de celui-ci est également garanti par les collectivités locales, mais les signes ne sont guère plus positifs. Selon l’Observatoire des politiques culturelles (OPC), près de 50% des régions, départements, communes et métropoles ont diminué le budget alloué à la culture entre 2024 et 2025. Cela impacte en premier lieu les festivals et les spectacles vivants, qui ont besoin
du soutien des collectivités pour survivre. La culture devient un levier d’ajustement dans les budgets des collectivités, de plus en plus restreints. C’est un secteur qui perd en considération et en attractivité, relayé au second plan par les collectivités. En cette période d’élections municipales, rares sont les candidats qui s’approprient la question culturelle, ce qui semble être de mauvais augure pour l’avenir du secteur.
Tristan Derigny
Vidéo : Gabin Rolland
Photos : Eugénie Michel
Mise en page : Martin Canque